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Soudan du Sud: le chef rebelle Riek Machar à Juba, une première depuis plus de deux ans

Mercredi, 31 Octobre, 2018 - 08:47
© 2018 AFP
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Le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar (au centre) arrive à l'aéroport de Juba, au Soudan du Sud, avec sa femme, le 31 octobre 2018 | AFP | Akuot CHOL

Le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar est arrivé mercredi matin à Juba, après plus de deux ans d'absence, pour participer à une cérémonie célébrant la signature d'un nouvel accord de paix au Soudan du Sud, dont la mise en œuvre se fait à pas comptés.

M. Machar, qui aux termes de cet accord doit retrouver son ancien poste de vice-président, n'a plus remis les pieds à Juba depuis qu'il a dû fuir précipitamment la capitale en juillet 2016 après des combats meurtriers entre ses hommes et les forces gouvernementales.

Le chef du Mouvement populaire de libération du Soudan - en opposition (SPLM-IO) est arrivé vers 09H30 locales (06H30 GMT) en provenance de Khartoum à l'aéroport de Juba, où l'attendait le président Salva Kiir.

Les deux rivaux avaient signé, sous pression internationale, un accord de paix le 12 septembre à Addis Abeba, censé mettre fin à presque cinq années d'une guerre civile dévastatrice pour le plus jeune pays du monde.

A la faveur de la signature de l'accord de paix, il avait été convenu d'organiser à Juba une cérémonie pour la paix, en présence des chefs d'État de la région.

Ainsi, le chef de l’État soudanais Omar el-Béchir, la présidente éthiopienne nouvellement nommée Sahle-Work Zewde et son homologue somalien Mohamed Abdullahi Mohamed ont gagné Juba mercredi matin. Le président ougandais Yoweri Museveni y était également attendu.

La cérémonie doit se dérouler au Mausolée John Garang, héros de la guerre d'indépendance contre le Soudan. Plusieurs milliers de personnes y étaient rassemblées mercredi matin en attendant qu'elle commence.

- 'Bâtir la confiance' -

On ignorait mercredi si Riek Machar allait rester à Juba au-delà de la cérémonie: son entourage avait fait part mardi à l'AFP de ses craintes concernant sa sécurité.

En juillet 2016, de violents combats avaient éclaté entre les forces gouvernementales et les troupes rebelles stationnées à Juba pour la protection de Riek Machar, faisant plusieurs centaines de morts.

La plus grande confusion avait régné dans la capitale pendant plusieurs jours, au cours desquels la résidence de M. Machar avait été bombardée. Le chef rebelle avait alors pris la fuite et gagné à pied la République démocratique du Congo voisine au terme d'une longue marche dans la brousse, avant finalement de s'exiler en Afrique du Sud.

Mardi, l'un des porte-parole du chef rebelle, Lam Paul Gabriel, a indiqué que M. Machar craignait pour sa sécurité.

"Mais la vérité est là: nous sommes pour la paix et ce que nous essayons de faire, c'est de bâtir la confiance", avait-il ajouté, précisant que M. Machar voyagerait avec une trentaine d'hommes politiques du SPLM-IO et sans soldats.

Ce nouvel accord de paix laisse sceptiques de nombreux observateurs, qui soulignent que faire travailler ensemble MM. Kiir et Machar ne sera pas une mince affaire, leur coopération ayant toujours dans le passé abouti au chaos et au conflit.

De fait, l'application du nouvel accord connaît des retards sur des points importants comme la réactivation d'une commission conjointe sur les frontières et le nombre des États régionaux, - un des points de contentieux entre pouvoir et opposition - et celle pour l’évaluation de la mise en œuvre de l'accord de paix.

Des combats ont également été rapportés dans la région de Yei (sud) et dans l’État pétrolier du Upper Nile (Haut Nil), alors que les belligérants ont décrété un cessez-le feu fin juin.

Deux ans et demi à peine après son indépendance, le Soudan du Sud a sombré dans la guerre civile en décembre 2013 à Juba, lorsque M. Kiir, un Dinka, a accusé M. Machar, son ancien vice-président, de l'ethnie nuer, de fomenter un coup d'État.

Le conflit, marqué par des atrocités à caractère ethnique, a fait plus de 380.000 morts selon une étude récente, et poussé plus de quatre millions de Sud-soudanais, soit près d'un tiers de la population, à fuir leur foyer.