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Les principales causes de défaut des PME en Afrique

Par  Rédaction 25 septembre, 2019

L’Agence Française de Développement a financé en 2019 une étude indépendante sur les « causes de défaut des PME en Afrique subsaharienne » à travers l’exemple des garanties ARIZ.

L’Agence française de développement (AFD) intervient depuis 15 ans dans les pays en développement sur le financement des prêts aux PME via un produit de garantie dit ARIZ. Très peu d’études sur les défauts de paiement des PME dans les pays en développement et à fortiori en Afrique sont disponibles à ce jour. Ayant à sa disposition des données diversifiées sur près de 7 400 lignes de prêts garanties par ARIZ dans le monde, l’AFD a souhaité produire une analyse inédite des causes de défaut des PME en Afrique Subsaharienne.

L’étude s’intéresse donc aux prêts garantis par ARIZ2, en Afrique Subsaharienne de façon générale (86% des prêts garantis), et en particulier ceux du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Cameroun et de Madagascar ; en effet, ces quatre pays concentrent 60% des prêts garantis ARIZ, 78% des garanties mises en jeu (MeJ) et presque 65% des montants totaux d’indemnisation. L’étude porte uniquement sur les PME en Afrique Subsaharienne, et s’adapte dans chaque pays à la définition de la PME donnée par les institutions financières partenaires d’ARIZ3.

Selon l’étude, les dix causes de défaut de prêt PME les plus citées dans au moins 10% des cas sont:

  • Les problèmes liés aux fournisseurs, sous-traitants ou aux clients de l’entreprise (36% des cas) ;
  • Mauvais choix managériaux ayant un impact sur la gestion, l’organisation, l’efficacité et les profits de l’entreprise (29% des cas) ;
  • La modification des caractéristiques du marché en cours de projet (évolution des potentiels de débouchés ie concurrence, consommateurs, chocs de demande, baisse des ventes, …) (23% des cas) ;
  • Les choix financiers et systèmes de financement(18% des cas);
  • L’environnement financier;
  • Déficit de compétences du gestionnaire de l’entreprise;
  • Les problèmes liés aux infrastructures locales ou aux difficultés de fonctionnement de l’écosystème local ;
  • La connaissance par le bénéficiaire final de l’existence d’un dispositif de garantie ;
  • Le niveau de risque pris par la banque ;
  • L’environnement politique et social .

 

Les banques proposent peu de lignes de crédit vraiment adaptées aux besoins des PME : 70% sont des financements à court terme (moins d’un an), et moins de 2% ont des crédits ayant une échéance supérieure à 10 ans ; or, les PME nécessitent des crédits à long terme pour amortir leur investissement.

Les difficultés d’accès au crédit présentées plus haut sont dérivées des critères de sélection des dossiers par les banques. Celles-ci apprennent de leurs erreurs et révisent leurs procédures d’attribution en fonction des causes de défauts qu’elles observent.Les instruments de garantie sont une solution employée par certains bailleurs pour répondre aux préoccupations des banques concernant le risque de prêt aux PME. Dans sa forme la plus simple, une garantie de crédit est un accord dans lequel un garant partage le risque de défaillance de l’emprunteur avec la banque.

Pour les auteurs de l’étude, les PME sont sensibles en premier lieu aux problèmes liés aux retards de paiements par les clients (État inclus), et souffrent d’un manque de structuration et d’un manque de compétences managériales qui conduisent à de mauvais choix managériaux (diversification excessive) ou financiers (montant de prêt trop élevé, coût de la dette trop important).

• Elles sont par ailleurs sensibles aux problèmes liés aux infrastructures locales (routières et énergétiques, ponctuellement ou chroniquement défaillantes), mais aussi aux crises politiques. Les crises environnementales sont aujourd’hui peu citées, sauf à Madagascar.

• Dans une moindre mesure, la connaissance par le client d’une garantie ARIZ et le niveau de risque pris par la banque sont deux facteurs de défaut récurrents.

• Les politiques de soutien aux PME (de l’accélération des procédures d’enregistrement des entreprises à l’instauration des registres de garanties) sont déterminantes pour le bon fonctionnement des affaires des PME et néanmoins défaillantes dans les pays de l’étude. La communication de la part des gouvernements auprès des PME sur les actions de soutien poursuivies est souvent insuffisante.

• Un certain nombre de facteurs n’a pas d’effet sur le risque de défaut de l’entreprise : montant du prêt en euros, nature du prêt, type de taux, pourcentage du prêt garanti, type d’investissement, âge de l’entreprise, chiffre d’affaires de l’entreprise.

• Tous prêts confondus, le premier impayé des entreprises en défaut est intervenu au bout de 40% de la durée totale du prêt.Le pourcentage garanti n’est pas discriminant ni le ratio montant des suretés/montant du prêt.

• Le risque de mise en jeu est fortement élevé dans le cas des entreprises qui ne sont pas déjà clientes de la banque : ce risque s’élève à 64%. Cependant, ce risque est considérablement réduit lorsque la durée du prêt est comprise entre 12 et 24 mois.

• Lorsqu’une entreprise est déjà cliente de la banque prêteuse, la taille de l’entreprise est discriminante sur le risque de mise en jeu : les entreprises de moins de 5 salariés (9% de l’échantillon global) ont un plus fort taux de défaut (27%) que celles de plus de 5 salariés (88% de l’échantillon global, 5% de taux de défaut).

• Les « petits » prêts (inférieurs à 300K€, souvent en garantie de portefeuille) et les prêts plus « importants » (supérieurs à 300K€, souvent en garantie individuelle) sont affectés de façon très distincte. Les prêts les plus importants sont plus sensibles aux modifications du marché.

• Il est par ailleurs intéressant de noter qu’une divergence a été observée entre le discours de nos interlocuteurs et les résultats de l’étude statistique : si l’on considère la population totale des entreprises couvertes par la garantie ARIZ, il n’y a pas statistiquement plus de risque de défaut selon les secteurs sur l’ensemble des quatre pays étudiés.

L’initiative AFDLe groupe Agence Française de Développement a lancé en 2019 l’initiative Choose Africa, la porte d’entrée vers l’ensemble des solutions de financement et d’accompagnement proposés par l’AFD et sa filiale dédiée au financement des acteurs privés Proparco, à travers nos partenaires locaux. Choose Africa consacrera plus de 2.5 milliards d’euros au financement des start-up, TPE et PME d’ici 2022 – à découvrir sur www.choose-africa.com.

Ces financements comprennent notamment des garanties accordées aux institutions financières pour couvrir une partie de leurs risques sur les PME qu’elles financent, en particulier via le mécanisme de partage de risques ARIZ.

ARIZ permet ainsi aux institutions financières de disposer d’une garantie en perte finale pour couvrir 50 % à 75 % d’un prêt individuel ou un portefeuille de prêts aux PME.

Les petites et moyennes entreprises (PME) représentent en effet 90 % du tissu entrepreneurial et 60 % des emplois à l’échelle du continent.

Source: financialafrik