Le guide pratique de vos affaires...

  LA GUINÉE BISSAU

La fin de la crise institutionnelle?

Le gouvernement de Guinée Bissau s'est trouvé aux prises avec une rébellion menée par le  général Ansumane Mané destitué le 7 juin 1998 de ses fonctions de chef d'État major par le président  Joao Bernardo Vieira .

La Guinée puis le Sénégal ont apporté leur concours au gouvernement appliquant l'accord de coopération du 8 janvier 1975.

Aucune issue militaire n'ayant dénoué la situation, de nombreuses médiations ont été menées pour aboutir à  la signature des accords de paix à Abuja (Nigéria) le 1er novembre 1998.

Ces accords prévoient l'application du cessez-le-feu signé à Praia (Cap-Vert) le 26 août, le retrait des troupes étrangères et leur remplacement simultané par la force d'interposition africaine ECOMOG, la réouverture de l'aéroport et du port de Bissau et l'installation d'un gouvernement d'unité nationale dans l'attente d'élections générales prévues fin mars 1999, puis reportées à novembre 99.

Le 8 mai 1999, le président Joao Bernardo Vieira est destitué par la Junte militaire du général Ansumane Mané et quitte le pays un mois plus tard pour la Gambie (il réside aujourd'hui au Portugal).

Le nouveau président bissau-guinéen, M. Malam Bacai Sanha, se  déclare "Chef d'Etat par intérim", prête serment le 14 mai à Bissau et promet des élections générales (législatives et présidentielles), en appelant à la réconciliation nationale et en insistant sur la nécessité de consolider la démocratie pour reconstruire le pays, détruit par onze mois d'un conflit sanglant.

Les élections législatives du 27 novembre 1999 voient la victoire du Parti de la rénovation sociale (PRS), ancien parti d'opposition.

Son chef, Kumba Yala (battu au second tour de la présidentielle de 1994 par Jose Bernardo Vieira) remporte l'élection du 16 janvier 2000 (2ème tour) avec 72% des voix face à Malam Bacai Sanha.

Dans son discours d'investiture (le 17 février 2000), le nouveau président a plaidé en faveur de l'unité nationale de la Guinée-Bissau, affirmant qu'il allait mener des réformes "profondes" dans les mécanismes de fonctionnement d'un pays soumis pendant onze mois à une rébellion militaire sanglante.

La priorité de son action à l'extérieur sera "placée sous le signe du développement des relations d'amitié et de coopération avec les pays voisins, le Sénégal et la Guinée-Conakry", qui avaient envoyé des troupes pour soutenir l'ex-président Vieira dans son combat contre la junte militaire.

Le Portugal, premier partenaire économique de la Guinée Bissau, attend l'installation des nouvelles autorités pour lancer un programme de coopération triennal.

L'UE a réaffirmé être, "dans ces conditions, prête à coopérer avec les nouvelles autorités et à poursuivre l'appui à la Guinée-Bissau dans la réalisation de son programme de reconstruction et de réhabilitation du pays".

La reconstruction de la Guinée-Bissau se chiffrerait à 187 millions de USD.

Source: AFP (voir archives de l'actualité)

L'économie en bref:

La Guinée Bissau, malgré la taille réduite de son territoire (36125 km2) dispose de potentialités et ressources naturelles non négligeables (agriculture, domaine maritime, gisements miniers). La mise en valeur de ces richesses depuis l'accession à l'indépendance en 1974 ne s'est pourtant pas traduite, au cours des décennies passées, par un progrès économique et social à la hauteur des espérances.

De nombreuses causes expliquent les difficultés rencontrées dans le processus de développement:

Évolution de la production:

En 1997, la part du secteur primaire (53%) dans le PIB (153 milliards de F CFA) s'est accrue en valeur courante, par rapport à 1986 (49%) au détriment du secteur secondaire qui participe pour environ 15% à la constitution du PIB. La part des investissements industriels est dans ce contexte peu significative. L'économie agricole du pays occupe plus de 80% de la population active, le riz constituant la principale culture vivrière.

L'agriculture commerciale est dominée par la noix de cajou. Celle-ci représente 20% du PIB et plus de 90% des recettes d'exportation. Les aléas climatiques, la concurrence croissante sur le marché international (Afrique de l'est, Asie de l'est) peuvent avoir des effets dépressifs importants, à court ou moyen terme, sur cette rente actuelle de situation. Les impacts de cette stratégie sur la sécurité alimentaire ne sont pas non plus négligeables, le commerce de la noix de cajou basé sur un système de troc avec le riz ayant entraîné une stagnation de la production vivrière intérieure (taux de couverture des besoins estimé à 75%) et contribué à un accroissement des importations alimentaires (71000 tonnes de riz en 1997 soit une augmentation de 10% I'an en moyenne depuis 1986).

La diversification de l'économie dans le secteur primaire reste encore limitée mais est amorcée. Le décollage récent de la production cotonnière (4300 tonnes de coton graine en 1997/1998) devrait se confirmer au cours des prochaines années mais ses effets sur le PIB ou sur la balance commerciale (5% en prévision 1998, environ 10% à terme de 3 ans) resteront faibles.

Ajustement et dette:

Les difficultés cumulées dans la politique nationale de développement ont conduit le pays à entreprendre à partir de 1987, avec le soutien des institutions de Bretton Woods, un programme de stabilisation (FAS 87/89) portant sur la libéralisation des prix, l'ouverture du commerce extérieur et la réforme du secteur bancaire. Ce premier programme a été prolongé en 1995/98 par un nouvel accord d'ajustement structurel triennal dont l'élaboration et la réalisation ont coïncidé avec la mise en œuvre d'une politique de démocratisation à partir du mois d'août 1994.

Le troisième programme d'ajustement négocié en mars 1998 avec le FMI et la Banque mondiale, sans suite à ce jour du fait du soulèvement militaire du 6 juin 1998, se situe après l'adhésion de la Guinée Bissau en 1997 à l'UMOA (février) et à l'UEMOA (mars) et la signature des accords de coopération monétaire (avril). Les différents programmes d'ajustement qui ont été menés ont sensiblement contribué à l'amélioration des performances économiques (taux de croissance compris entre 4 et 5%, réduction de l'inflation de 65% en 1996 à 17% fin 1997; amélioration des avoirs extérieurs) et permis l'éligibilité de la Guinée Bissau à l'initiative en faveur des pays les plus endettés (PPTE/HIPC).

En revanche, la dette extérieure s'est fortement accrue au cours des dix dernières années correspondant aux phases d'ajustement structurel, le stock de la dette (moyen et long terme pour l'essentiel) passant de 424 millions de $ en 1987 à 914 en 1996. La dette bilatérale (Portugal, Italie, Russie et Taiwan, principaux créanciers) est désormais largement supérieure à la dette multilatérale (Banque mondiale et BAD pour 90%) alors qu'elles étaient pratiquement identiques en 1987. Le niveau d'endettement qui atteignait près de 2 fois le PIB en 1987 et dépasse actuellement 3,5 fois celui ci, pèse lourdement sur une économie nationale peu diversifiée où le poids du secteur primaire est prépondérant.