Basée pour une grande part sur les bénéfices de la réexportation des
produits manufacturés vers le Nigeria, l'économie béninoise se porte mal
depuis que son voisin, géant de la sous-région, a interdit certaines
importations.
Ainsi, à Sèmè-kraké, dernière localité béninoise à la frontière avec
le Nigeria, des poids lourds sont stationnés en une file interminable. Ils
arrivent tous du Port Autonome de Cotonou (PAC) où ils ont chargé des
conserves, des cosmétiques, des liqueurs, de l'huile végétale et d'autres
marchandises venus d'Afrique du Sud, des Amériques, d'Europe ou de l'Asie.
Depuis mai 2003 le Nigeria n'accepte plus l'entrée de 46 produits : poulets
congelés, vins, eaux minérales, tissus, objets plastiques, jus de fruits,
chaussures etc... dont une partie arrivait par Cotonou légalement ou en
contrebande.
La décision nigériane, qui ne vise pas seulement le Bénin, a pour objectif
de développer des industries locales sur la base d'un marché potentiel de 130
millions de Nigérians.
En août 2003, le président nigérian Olusegun Obasanjo avait ratifié à
Badagri (Nigeria) avec son homologue béninois, Mathieu Kérékou, un
mémorandum dans lequel les deux États s'engagent à coopérer dans la lutte
contre la contrebande frontalière et l'insécurité; plus que la
réexportation, le Nigeria reprochait au Bénin de ne pas lutter contre la
contrebande.
Par la suite, lors d'une rencontre au Bénin en avril 2004 avec des
opérateurs économiques, M. Obasanjo avait indiqué qu'au nom de l'intégration
sous régionale le Nigeria était cependant prêt à accepter tout produit
fabriqué au Bénin.
Selon le Laboratoire d'Analyse Régionale et d'Expertise Sociale (LARES), une
unité privée qui étudie les échanges transfrontaliers, au moins 75% des
marchandises, débarquées au port de Cotonou, en régime de consommation
interne, sont réexportées vers le marché nigérian.
Le Bénin ayant toujours servi de pays de transit pour ce commerce informel,
en tire grand profit puisqu'il rapporte des devises en douane qui contribuent
jusqu'à 65% au budget de l'Etat.
Les recettes de l'Etat subissent des chutes vertigineuses, qui s'expliquent
également par la baisse des importations, conséquence de l'impossibilité de
réexporter.
Le ministre béninois des Finances, Grégoire Laourou, a indiqué que
les recettes douanières au Bénin au titre du 1er trimestre 2004 ont
enregistré une baisse de 17 milliards de CFA (25,6 millions d'euros).
Source : AFP, 28 octobre 2004