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L’évaluation du cadre macroéconomique de l’Union en
2000 et les prévisions 2001 révèlent une tendance à la dégradation de la
situation économique et financière de l’Union qui se traduirait par :
- Une baisse du PIB par habitant, suite à un taux de croissance du PIB en
volume qui serait inférieure au taux de croissance démographique pour la
deuxième année consécutive ;
- Une convergence des taux d’inflation perturbée par les mauvais
résultats différentiés des campagnes agricoles vivrières d’un Etat
à l’autre, et les fluctuations à la hausse des cours des produits
pétroliers ;
- La non-viabilité des finances publiques, caractérisée par la
persistance des financements exceptionnels, notamment l’accumulation d’arriérés
de paiement intérieurs et extérieurs et, une forte contraction des
dépenses d’investissements financées sur ressources intérieures.
La décélération du rythme de l’activité économique a
des conséquences défavorables sur la réussite des stratégies de réduction
de la pauvreté, la réalisation de la viabilité des finances publiques à l’horizon
2002. La vulnérabilité des économies aux chocs exogènes défavorables qui
est, en partie, à l’origine des contre-performances macroéconomiques, doit
être fortement atténuée. L’accélération des réformes structurelles
dans la mise en œuvre de politiques sectorielles pertinentes, en appui aux
politiques d’assainissement du cadre macroéconomique, peuvent concourir, de
manière déterminante, à la réalisation des objectifs macroéconomiques et
sociaux retenus aux niveaux national et communautaire. De même, une
normalisation du cadre socio-politique et le maintien de relations
harmonieuses avec les institutions de Bretton Woods pourraient largement
contribuer à un redressement considérable de la situation économique et
financière.
La réalisation de la convergence des économies nationales
à l’horizon 2002, conformément aux dispositions du Pacte de convergence,
de stabilité, de croissance et de solidarité et de conforter le succès des
stratégies de lutte contre la pauvreté exige que les politiques économiques
qui seront conduites en 2002 privilégient les orientations suivantes :
1-
Le renforcement de l’assainissement des finances publiques:
Des finances publiques assainies et viables constituent
une condition incontournable à la mise en œuvre réussie des stratégies
de réduction de la pauvreté. Celles-ci permettraient de dégager une
épargne budgétaire plus conséquente et d’éviter l’accumulation d’arriérés
de paiement et la contraction des dépenses d’investissement, en
stimulant ainsi l’activité économique, l’emploi et les revenus des
ménages. Malheureusement la situation des finances publiques révèle des
insuffisances préoccupantes. Ainsi le solde budgétaire courant rapporté
au PIB connaît une baisse régulière et continue depuis 1998. Cet
indicateur est passé de 2,7 % en 1997 à 1,8 % en 2000. Les accumulations
d’arriérés de paiement nouveaux se sont élevées à 636,7 milliards
en 2000 dont 150,9 milliards pour les arriérés intérieurs et 485,8
milliards pour les arriérés extérieurs. Les dépenses d’investissement
se sont fortement contractées en passant de 1 226,8 milliards en 1999 à
1 059,8 milliards en 2000, soit une baisse 13,6 % qui a concerné à la
fois la composante financée sur ressources intérieures et celles
financées sur ressources extérieures.
Au regard de la progression relativement lente des
recettes budgétaires dans les Etats membres de l’Union, qui ont
représenté 16,8 et 16,7 % du PIB, respectivement, en 1999 et 2000 puis
17,1 % projeté pour 2001, il va sans dire que tout en maintenant l’effort
de recouvrement à travers la mise en œuvre des mesures administratives
appropriées, l’essentiel de l’effort doit porter sur l’ajustement
des dépenses. L’accent devrait être mis sur la maîtrise des dépenses
courantes primaires et plus précisément sur les composantes tels que la
masse salariale et les transferts et subventions. En 2000, la masse
salariale a progressé de près de 7 % pour une croissance de 0,5 % des
recettes fiscales et de 2,3 % pour les recettes budgétaires.
En 2001, les perspectives ne semblent guère meilleures
puisque le rythme de progression des recettes budgétaires et celui des
dépenses budgétaires seraient proches, soit respectivement 7,1 % et 6,8
%. En matière de dépenses publiques, les Etats devront donc être
invités à poursuivre les actions de maîtrise des dépenses courantes
primaires. L’accroissement de l’épargne qui en ressortirait
permettrait le renforcement des dépenses en capital.
Plusieurs Etats ont dû recourir, en l’absence de
marge de manœuvre créée par l’insuffisance des recettes budgétaires,
à la contraction drastique des dépenses en capital. A cela se sont
ajoutées des accumulations d’arriérés de paiement intérieurs et
extérieurs. Ces pratiques budgétaires risquent de compromettre la
croissance de l’activité économique et les créations d’emplois
indispensables à une réduction durable de la pauvreté. Les
gouvernements devront éviter le recours systématique à l’accumulation
d’arriérés de paiement intérieurs comme mode d’ajustement de la
politique budgétaire et instituer un mécanisme pour leur détection
précoce.
Par ailleurs, une plus grande transparence dans l’exécution
des opérations financières de l’Etat, contribuera à l’assainissement
du cadre macroéconomique dont dépend la mise en œuvre des stratégies
de lutte contre la pauvreté. Celle-ci nécessitera non seulement la
mobilisation d’importantes ressources extérieures mais également les
réaménagements de la dette. Ce réaménagement s’avère primordial
pour les Etats membres de l’Union dont le ratio service de la dette
publique totale sur les recettes budgétaires s’est élevé en moyenne
sur les trois dernières années à 33,9 % pour une norme internationale
qui se situe dans la fourchette de 10 à 15 %. Par Etat membre, ce ratio a
été en 2000, de 12,7 % pour le Bénin, 24,1 % pour le Burkina, 56,7 %
pour la Côte d’Ivoire, 72,2 % pour la Guinée Bissau, 17,2 % pour le
Mali, 42,3 % pour le Niger, 19,7 % pour le Sénégal et 43,9 % pour le
Togo (et 38,0 % pour l’Union). Dans ces conditions, la viabilité des
finances publiques ne peut être assurée que si les Etats concluent des
accords ou maintiennent des relations de coopération harmonieuses avec
les institutions de Bretton Woods et œuvrent pour le bénéfice de l’allégement
de la dette dans le cadre de l’Initiative PPTE.
2-
La stimulation des politiques en faveur d’une meilleure offre de
produits alimentaires
L’analyse de l’évaluation de la situation alimentaire
ces deux dernières années dans les huit Etats membres de l’UEMOA montre qu’il
se pose un problème d’insécurité alimentaire. Pour la campagne agricole
1999/2000, les huit pays de l’Union ont un bilan céréalier excédentaire
net de 963.139 tonnes. Toutefois, en faisant abstraction des importations de
céréales et de l’aide alimentaire, il se dégage un déficit brut de
810.073 tonnes qui toucherait en priorité la Côte d’Ivoire (332 512 t), la
Guinée Bissau (105 400 t), le Niger (43 100 t) et le Sénégal (869 100 t).
Ce déficit brut témoigne de la dépendance alimentaire de l’espace UEMOA,
des importations et de l’aide alimentaire qui ont représenté
respectivement, 1 791 146 tonnes et 78 800 tonnes, soit 15,2 % des besoins
totaux.
Pour la campagne agricole 2000/2001, la zone présente un
bilan céréalier déficitaire net de 795.868 tonnes. Les pays sahéliens ont
été particulièrement touchés avec un déficit net de près de 1 055 400
tonnes, réparti entre le Burkina Faso (442 200 t), le Niger (312 200 t), le
Mali (147 700 t), le Sénégal (138 900 t) et la Guinée Bissau (13 400 t).
Durant cette campagne, les pays côtiers, quant à eux, ont difficilement
enregistré un excédent net de 259 532 tonnes ; ce qui est largement
insuffisant pour satisfaire l’autosuffisance alimentaire au sein de l’Union
et pour renforcer les échanges ainsi que la consolidation de l’intégration
régionale dans l’espace UEMOA.
Il ressort également de l’évaluation de ces deux
dernières campagnes agricoles qu’il existe au sein de l’Union, de
manière permanente ou temporelle des poches d’insécurité alimentaire qui
sont loin d’être résolues du fait des déficits pluviométriques et d’autres
aléas climatiques, de la pauvreté des sols agricoles et de l’enclavement
de certaines régions mal approvisionnées. En outre, cette situation se
trouve exacerbée, d’une part, par les pertes post-récolte importantes, l’état
défectueux des routes et, d’autre part, par l’insuffisance des aides
alimentaires. Tous ces facteurs exercent un impact néfaste sur la sécurité
alimentaire qui, à son tour, ne permet pas la réalisation des critères de
convergence.
En effet, ce déséquilibre entre l’offre et la demande
de produits alimentaires, a engendré une tension sur les prix de ces
produits. Il en résulte une hausse du taux d’inflation dans les pays.
En 2000, par exemple, les taux d’inflation réalisés au
Bénin, en Côte d’Ivoire, au Niger et dans l’Union sont respectivement de
4,2 %, de 2,5 %, de 2,9 % et de 1,8 %.
Tenant compte de tous ces facteurs qui conduisent à l’insécurité
alimentaire dans l’espace UEMOA, les mesures à court terme de politique
économique d’une meilleure gestion de l’offre de produits alimentaires s’imposent :
- mettre tout en œuvre pour approvisionner à temps les marchés
agricoles céréaliers nationaux et sous-régionaux ;
- orienter au mieux les importations et les aides alimentaires pour
couvrir les besoins totaux par une bonne politique ;
- organiser une bourse sous-régionale des céréales afin de favoriser
les échanges entre les zones excédentaires et déficitaires en produits
alimentaires ;
- renforcer le démantèlement des barrières non tarifaires et supprimer
les entraves à la circulation afin de favoriser la fluidification des
échanges intracommunautaires des produits alimentaires ;
- promouvoir des techniques de concertation afin de limiter les pertes
post récoltes.
Dans une perspective à moyen terme, différentes études
réalisées par la FAO, la Banque Mondiale et le Conseil International du Blé
s’accordent toutes sur un double phénomène : depuis le début des
années 80, la progression de la consommation et celle de la production
alimentaire ont été affectées dans les pays en développement par un net
mouvement de décélération. Ce double phénomène est également observable
dans les pays de l’Union, mais seulement la décélération de la production
alimentaire a été plus rapide que la progression de la demande. Ainsi, en
plus du défi technologique qu’il faudrait relever pour augmenter la
productivité agricole alimentaire, le facteur qui pèse, et de très loin, le
plus sur les évolutions de la consommation alimentaire dans les pays de l’UEMOA
est l’accroissement démographique.
Ainsi, avec un rythme de croissance démographique de 3 %
en moyenne par an pour les pays de l’Union, la population de l’UEMOA
doublerait d’ici à un quart de siècle et se situerait à environ 140
millions d’habitants. Dans cette hypothèse, si le défi technologique ne
suit pas pour augmenter en qualité et en quantité la production alimentaire
de l’Union accompagnée d’une raréfaction des importations et aides
alimentaires, alors, à la place des crises alimentaires périodiques,
apparaîtront des crises chroniques et continues de disette. Voilà pourquoi
à moyen et long termes, la stimulation des politiques d’une meilleure
gestion des produits alimentaires.
Dans l’espace UEMOA, des actions sectorielles et
structurelles devront donc être envisagées, à savoir :
- La mise en place d’un système global d’information par pays, si ce
n’est déjà pas le cas, et au niveau régional pour une meilleure
coordination des activités/résultats ;
- La mise en œuvre effective des stocks nationaux de sécurité
alimentaire au niveau de chaque pays membre de l’Union ;
- La mise en place d’un système national d’alerte permanent dans tous
les pays de l’UEMOA, notamment au Togo et en Côte d’Ivoire qui n’en
possèdent pas encore, et d’un système régional ;
- Renforcer des actions pour la maîtrise de l’eau pour les activités
agricoles, de manière que l’agriculture ne soit plus uniquement
dépendante de la pluviométrie naturelle et qu’elle assure une
production agricole abondante et continue.
L’atténuation de l’impact défavorable des chocs pétroliers sur
les économies nationales:
L’année 2000 a connu une forte volatilité des prix du
pétrole. Bien qu’en repli depuis le début de l’année 2001, les prix
restent à un niveau élevé.
Pour les pays membres de l’UEMOA, cette flambée s’est
répercutée sur la facture énergétique et a pour conséquence principale un
renchérissement des coûts de production. De ce point de vue, la hausse des
prix des produits pétroliers constitue un choc important par rapport aux
efforts d’ajustement menés en vue de stimuler la compétitivité des
économies et d’accroître la croissance économique au niveau requis pour
la réduction et l’éradication à terme de la pauvreté.
En effet, le relèvement successif des prix du pétrole a
entraîné une accélération de l’inflation au niveau mondial. Dans la zone
UEMOA, l’impact a été plus important dans le secteur des transports dont
les coûts ont enregistré des augmentations en glissement annuel au mois de
septembre 2000 de 3,9 % au Burkina Faso et 23,1 % au Togo. De manière
générale, le prix du transport a progressé de 11,6 % dans l’Union en
2000. Au niveau des industries et des ménages urbains, les effets ont été
ressentis par rapport à l’augmentation des prix du gaz et des combustibles.
En milieu rural, les prix du pétrole lampant ont doublé dans certains pays.
L’augmentation soutenue des prix des produits pétroliers
a également contribué à la détérioration de la position extérieure de l’Union,
en relation avec le transfert important en devises opéré entre les
économies nationales et le reste du monde, notamment en direction des pays
producteurs de pétrole. En revanche, les recettes fiscales ont été
améliorées grâce à l’effet valeur des taxes sur les importations du
pétrole.
Afin de faire face à cette situation, certains Etats
membres ont pris des mesures de sauvegarde qui sont, pour l’essentiel, des
mécanismes traditionnels tels que la constitution de fonds de subvention à l’importation
des produits pétroliers, la mise en place de système de stabilisation du
prix à la pompe. Mais du fait de la libéralisation de la filière
pétrolière, la tendance générale est à la mise en place de mécanisme d’indexation
automatique des prix.
Par ailleurs, il convient de noter que les Etats membres de
l’UEMOA, ont déjà consigné dans le Traité, les objectifs et les
principes directeurs de la politique énergétique communautaire. La
recommandation n° 03/97/CM du 21 juin 1997 relative à la mise en œuvre d’un
programme énergétique communautaire a défini des actions prioritaires
visant une meilleure maîtrise de la demande à travers notamment l’étude d’un
système communautaire d’approvisionnement en hydrocarbures, la
systématisation des interconnexions des réseaux électriques et la promotion
des énergies nouvelles et renouvelables. Dans l’ensemble, bien peu de ces
mesures ont été mises en œuvre. De même que, les actions entreprises au
niveau des Etats se sont révélées peu efficaces et onéreuses.
Etant donné le faible niveau de réalisation de ces
actions, il apparaît donc nécessaire de prendre de nouvelles dispositions
afin d’éviter une remise en cause de la dynamique d’ajustement amorcée
dans le cadre du Pacte de Convergence, de Stabilité, de Croissance et de
Solidarité entre les Etats membres de l’UEMOA.
Ainsi, compte tenu de l’incidence néfaste de la hausse
des prix des produits pétroliers sur les économies à faible revenu comme
ceux de l’Union et de l’impératif d’une mobilisation internationale et
régionale pour lutter efficacement contre la pauvreté, il conviendrait que
les Etats membres mettent en application les actions préconisées dans le
cadre de la Recommandation n° 03/97/CM du 21 juin 1997 relative à la mise en
œuvre d’un programme énergétique communautaire.
Source: Commission de l'UEMOA, Août 2001
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