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Les orientations de politique économique pour l'année 2002
(Extrait du Rapport d'Exécution de la Surveillance Multilatérale de l'UEMOA, Juillet 2001)

L’évaluation du cadre macroéconomique de l’Union en 2000 et les prévisions 2001 révèlent une tendance à la dégradation de la situation économique et financière de l’Union qui se traduirait par :

  • Une baisse du PIB par habitant, suite à un taux de croissance du PIB en volume qui serait inférieure au taux de croissance démographique pour la deuxième année consécutive ;
  • Une convergence des taux d’inflation perturbée par les mauvais résultats différentiés des campagnes agricoles vivrières d’un Etat à l’autre, et les fluctuations à la hausse des cours des produits pétroliers ;
  • La non-viabilité des finances publiques, caractérisée par la persistance des financements exceptionnels, notamment l’accumulation d’arriérés de paiement intérieurs et extérieurs et, une forte contraction des dépenses d’investissements financées sur ressources intérieures.

La décélération du rythme de l’activité économique a des conséquences défavorables sur la réussite des stratégies de réduction de la pauvreté, la réalisation de la viabilité des finances publiques à l’horizon 2002. La vulnérabilité des économies aux chocs exogènes défavorables qui est, en partie, à l’origine des contre-performances macroéconomiques, doit être fortement atténuée. L’accélération des réformes structurelles dans la mise en œuvre de politiques sectorielles pertinentes, en appui aux politiques d’assainissement du cadre macroéconomique, peuvent concourir, de manière déterminante, à la réalisation des objectifs macroéconomiques et sociaux retenus aux niveaux national et communautaire. De même, une normalisation du cadre socio-politique et le maintien de relations harmonieuses avec les institutions de Bretton Woods pourraient largement contribuer à un redressement considérable de la situation économique et financière.


La réalisation de la convergence des économies nationales à l’horizon 2002, conformément aux dispositions du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité et de conforter le succès des stratégies de lutte contre la pauvreté exige que les politiques économiques qui seront conduites en 2002 privilégient les orientations suivantes :

1- Le renforcement de l’assainissement des finances publiques:

Des finances publiques assainies et viables constituent une condition incontournable à la mise en œuvre réussie des stratégies de réduction de la pauvreté. Celles-ci permettraient de dégager une épargne budgétaire plus conséquente et d’éviter l’accumulation d’arriérés de paiement et la contraction des dépenses d’investissement, en stimulant ainsi l’activité économique, l’emploi et les revenus des ménages. Malheureusement la situation des finances publiques révèle des insuffisances préoccupantes. Ainsi le solde budgétaire courant rapporté au PIB connaît une baisse régulière et continue depuis 1998. Cet indicateur est passé de 2,7 % en 1997 à 1,8 % en 2000. Les accumulations d’arriérés de paiement nouveaux se sont élevées à 636,7 milliards en 2000 dont 150,9 milliards pour les arriérés intérieurs et 485,8 milliards pour les arriérés extérieurs. Les dépenses d’investissement se sont fortement contractées en passant de 1 226,8 milliards en 1999 à 1 059,8 milliards en 2000, soit une baisse 13,6 % qui a concerné à la fois la composante financée sur ressources intérieures et celles financées sur ressources extérieures.


Au regard de la progression relativement lente des recettes budgétaires dans les Etats membres de l’Union, qui ont représenté 16,8 et 16,7 % du PIB, respectivement, en 1999 et 2000 puis 17,1 % projeté pour 2001, il va sans dire que tout en maintenant l’effort de recouvrement à travers la mise en œuvre des mesures administratives appropriées, l’essentiel de l’effort doit porter sur l’ajustement des dépenses. L’accent devrait être mis sur la maîtrise des dépenses courantes primaires et plus précisément sur les composantes tels que la masse salariale et les transferts et subventions. En 2000, la masse salariale a progressé de près de 7 % pour une croissance de 0,5 % des recettes fiscales et de 2,3 % pour les recettes budgétaires.


En 2001, les perspectives ne semblent guère meilleures puisque le rythme de progression des recettes budgétaires et celui des dépenses budgétaires seraient proches, soit respectivement 7,1 % et 6,8 %. En matière de dépenses publiques, les Etats devront donc être invités à poursuivre les actions de maîtrise des dépenses courantes primaires. L’accroissement de l’épargne qui en ressortirait permettrait le renforcement des dépenses en capital.


Plusieurs Etats ont dû recourir, en l’absence de marge de manœuvre créée par l’insuffisance des recettes budgétaires, à la contraction drastique des dépenses en capital. A cela se sont ajoutées des accumulations d’arriérés de paiement intérieurs et extérieurs. Ces pratiques budgétaires risquent de compromettre la croissance de l’activité économique et les créations d’emplois indispensables à une réduction durable de la pauvreté. Les gouvernements devront éviter le recours systématique à l’accumulation d’arriérés de paiement intérieurs comme mode d’ajustement de la politique budgétaire et instituer un mécanisme pour leur détection précoce.


Par ailleurs, une plus grande transparence dans l’exécution des opérations financières de l’Etat, contribuera à l’assainissement du cadre macroéconomique dont dépend la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la pauvreté. Celle-ci nécessitera non seulement la mobilisation d’importantes ressources extérieures mais également les réaménagements de la dette. Ce réaménagement s’avère primordial pour les Etats membres de l’Union dont le ratio service de la dette publique totale sur les recettes budgétaires s’est élevé en moyenne sur les trois dernières années à 33,9 % pour une norme internationale qui se situe dans la fourchette de 10 à 15 %. Par Etat membre, ce ratio a été en 2000, de 12,7 % pour le Bénin, 24,1 % pour le Burkina, 56,7 % pour la Côte d’Ivoire, 72,2 % pour la Guinée Bissau, 17,2 % pour le Mali, 42,3 % pour le Niger, 19,7 % pour le Sénégal et 43,9 % pour le Togo (et 38,0 % pour l’Union). Dans ces conditions, la viabilité des finances publiques ne peut être assurée que si les Etats concluent des accords ou maintiennent des relations de coopération harmonieuses avec les institutions de Bretton Woods et œuvrent pour le bénéfice de l’allégement de la dette dans le cadre de l’Initiative PPTE.


2- La stimulation des politiques en faveur d’une meilleure offre de produits alimentaires


L’analyse de l’évaluation de la situation alimentaire ces deux dernières années dans les huit Etats membres de l’UEMOA montre qu’il se pose un problème d’insécurité alimentaire. Pour la campagne agricole 1999/2000, les huit pays de l’Union ont un bilan céréalier excédentaire net de 963.139 tonnes. Toutefois, en faisant abstraction des importations de céréales et de l’aide alimentaire, il se dégage un déficit brut de 810.073 tonnes qui toucherait en priorité la Côte d’Ivoire (332 512 t), la Guinée Bissau (105 400 t), le Niger (43 100 t) et le Sénégal (869 100 t). Ce déficit brut témoigne de la dépendance alimentaire de l’espace UEMOA, des importations et de l’aide alimentaire qui ont représenté respectivement, 1 791 146 tonnes et 78 800 tonnes, soit 15,2 % des besoins totaux.


Pour la campagne agricole 2000/2001, la zone présente un bilan céréalier déficitaire net de 795.868 tonnes. Les pays sahéliens ont été particulièrement touchés avec un déficit net de près de 1 055 400 tonnes, réparti entre le Burkina Faso (442 200 t), le Niger (312 200 t), le Mali (147 700 t), le Sénégal (138 900 t) et la Guinée Bissau (13 400 t). Durant cette campagne, les pays côtiers, quant à eux, ont difficilement enregistré un excédent net de 259 532 tonnes ; ce qui est largement insuffisant pour satisfaire l’autosuffisance alimentaire au sein de l’Union et pour renforcer les échanges ainsi que la consolidation de l’intégration régionale dans l’espace UEMOA.


Il ressort également de l’évaluation de ces deux dernières campagnes agricoles qu’il existe au sein de l’Union, de manière permanente ou temporelle des poches d’insécurité alimentaire qui sont loin d’être résolues du fait des déficits pluviométriques et d’autres aléas climatiques, de la pauvreté des sols agricoles et de l’enclavement de certaines régions mal approvisionnées. En outre, cette situation se trouve exacerbée, d’une part, par les pertes post-récolte importantes, l’état défectueux des routes et, d’autre part, par l’insuffisance des aides alimentaires. Tous ces facteurs exercent un impact néfaste sur la sécurité alimentaire qui, à son tour, ne permet pas la réalisation des critères de convergence.


En effet, ce déséquilibre entre l’offre et la demande de produits alimentaires, a engendré une tension sur les prix de ces produits. Il en résulte une hausse du taux d’inflation dans les pays.


En 2000, par exemple, les taux d’inflation réalisés au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Niger et dans l’Union sont respectivement de 4,2 %, de 2,5 %, de 2,9 % et de 1,8 %.


Tenant compte de tous ces facteurs qui conduisent à l’insécurité alimentaire dans l’espace UEMOA, les mesures à court terme de politique économique d’une meilleure gestion de l’offre de produits alimentaires s’imposent :

  • mettre tout en œuvre pour approvisionner à temps les marchés agricoles céréaliers nationaux et sous-régionaux ;
  • orienter au mieux les importations et les aides alimentaires pour couvrir les besoins totaux par une bonne politique ;
  • organiser une bourse sous-régionale des céréales afin de favoriser les échanges entre les zones excédentaires et déficitaires en produits alimentaires ;
  • renforcer le démantèlement des barrières non tarifaires et supprimer les entraves à la circulation afin de favoriser la fluidification des échanges intracommunautaires des produits alimentaires ;
  • promouvoir des techniques de concertation afin de limiter les pertes post récoltes.

Dans une perspective à moyen terme, différentes études réalisées par la FAO, la Banque Mondiale et le Conseil International du Blé s’accordent toutes sur un double phénomène : depuis le début des années 80, la progression de la consommation et celle de la production alimentaire ont été affectées dans les pays en développement par un net mouvement de décélération. Ce double phénomène est également observable dans les pays de l’Union, mais seulement la décélération de la production alimentaire a été plus rapide que la progression de la demande. Ainsi, en plus du défi technologique qu’il faudrait relever pour augmenter la productivité agricole alimentaire, le facteur qui pèse, et de très loin, le plus sur les évolutions de la consommation alimentaire dans les pays de l’UEMOA est l’accroissement démographique.


Ainsi, avec un rythme de croissance démographique de 3 % en moyenne par an pour les pays de l’Union, la population de l’UEMOA doublerait d’ici à un quart de siècle et se situerait à environ 140 millions d’habitants. Dans cette hypothèse, si le défi technologique ne suit pas pour augmenter en qualité et en quantité la production alimentaire de l’Union accompagnée d’une raréfaction des importations et aides alimentaires, alors, à la place des crises alimentaires périodiques, apparaîtront des crises chroniques et continues de disette. Voilà pourquoi à moyen et long termes, la stimulation des politiques d’une meilleure gestion des produits alimentaires.


Dans l’espace UEMOA, des actions sectorielles et structurelles devront donc être envisagées, à savoir :

  • La mise en place d’un système global d’information par pays, si ce n’est déjà pas le cas, et au niveau régional pour une meilleure coordination des activités/résultats ;
  • La mise en œuvre effective des stocks nationaux de sécurité alimentaire au niveau de chaque pays membre de l’Union ;
  • La mise en place d’un système national d’alerte permanent dans tous les pays de l’UEMOA, notamment au Togo et en Côte d’Ivoire qui n’en possèdent pas encore, et d’un système régional ;
  • Renforcer des actions pour la maîtrise de l’eau pour les activités agricoles, de manière que l’agriculture ne soit plus uniquement dépendante de la pluviométrie naturelle et qu’elle assure une production agricole abondante et continue.

L’atténuation de l’impact défavorable des chocs pétroliers sur les économies nationales:


L’année 2000 a connu une forte volatilité des prix du pétrole. Bien qu’en repli depuis le début de l’année 2001, les prix restent à un niveau élevé.


Pour les pays membres de l’UEMOA, cette flambée s’est répercutée sur la facture énergétique et a pour conséquence principale un renchérissement des coûts de production. De ce point de vue, la hausse des prix des produits pétroliers constitue un choc important par rapport aux efforts d’ajustement menés en vue de stimuler la compétitivité des économies et d’accroître la croissance économique au niveau requis pour la réduction et l’éradication à terme de la pauvreté.


En effet, le relèvement successif des prix du pétrole a entraîné une accélération de l’inflation au niveau mondial. Dans la zone UEMOA, l’impact a été plus important dans le secteur des transports dont les coûts ont enregistré des augmentations en glissement annuel au mois de septembre 2000 de 3,9 % au Burkina Faso et 23,1 % au Togo. De manière générale, le prix du transport a progressé de 11,6 % dans l’Union en 2000. Au niveau des industries et des ménages urbains, les effets ont été ressentis par rapport à l’augmentation des prix du gaz et des combustibles. En milieu rural, les prix du pétrole lampant ont doublé dans certains pays.


L’augmentation soutenue des prix des produits pétroliers a également contribué à la détérioration de la position extérieure de l’Union, en relation avec le transfert important en devises opéré entre les économies nationales et le reste du monde, notamment en direction des pays producteurs de pétrole. En revanche, les recettes fiscales ont été améliorées grâce à l’effet valeur des taxes sur les importations du pétrole.


Afin de faire face à cette situation, certains Etats membres ont pris des mesures de sauvegarde qui sont, pour l’essentiel, des mécanismes traditionnels tels que la constitution de fonds de subvention à l’importation des produits pétroliers, la mise en place de système de stabilisation du prix à la pompe. Mais du fait de la libéralisation de la filière pétrolière, la tendance générale est à la mise en place de mécanisme d’indexation automatique des prix.


Par ailleurs, il convient de noter que les Etats membres de l’UEMOA, ont déjà consigné dans le Traité, les objectifs et les principes directeurs de la politique énergétique communautaire. La recommandation n° 03/97/CM du 21 juin 1997 relative à la mise en œuvre d’un programme énergétique communautaire a défini des actions prioritaires visant une meilleure maîtrise de la demande à travers notamment l’étude d’un système communautaire d’approvisionnement en hydrocarbures, la systématisation des interconnexions des réseaux électriques et la promotion des énergies nouvelles et renouvelables. Dans l’ensemble, bien peu de ces mesures ont été mises en œuvre. De même que, les actions entreprises au niveau des Etats se sont révélées peu efficaces et onéreuses.


Etant donné le faible niveau de réalisation de ces actions, il apparaît donc nécessaire de prendre de nouvelles dispositions afin d’éviter une remise en cause de la dynamique d’ajustement amorcée dans le cadre du Pacte de Convergence, de Stabilité, de Croissance et de Solidarité entre les Etats membres de l’UEMOA.


Ainsi, compte tenu de l’incidence néfaste de la hausse des prix des produits pétroliers sur les économies à faible revenu comme ceux de l’Union et de l’impératif d’une mobilisation internationale et régionale pour lutter efficacement contre la pauvreté, il conviendrait que les Etats membres mettent en application les actions préconisées dans le cadre de la Recommandation n° 03/97/CM du 21 juin 1997 relative à la mise en œuvre d’un programme énergétique communautaire.


Source: Commission de l'UEMOA, Août 2001



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