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La situation économique et financière de l'Union
(Extrait du Rapport d'Exécution de la Surveillance Multilatérale de l'UEMOA, Décembre 2003)

Orientation de politique économique pour les États membres de l'union au titre de l'année 2004


L'évaluation du cadre macroéconomique de l'Union en 2002 et les prévisions 2003 révèlent une tendance à la dégradation de la situation économique et financière de l'Union caractérisée par :

  • un faible taux de croissance qui se traduira par la baisse du revenu par habitant ;
  • une relative maîtrise de l'inflation ;
  • une situation préoccupante des finances publiques, caractérisée par la persistance des financements exceptionnels, notamment l'accumulation d'arriérés de paiement intérieurs et extérieurs, une prépondérance des dépenses courantes et une stagnation persistante de la pression fiscale ;
  • une légère réduction du déficit extérieur courant hors dons.

Les performances ont été, dans l'ensemble, contrariées par l'absence de relations harmonieuses de certains États de l'Union avec la communauté internationale, les mauvaises conditions climatiques, en particulier dans les pays sahéliens et les effets de la crise ivoirienne. Par ailleurs, il est observé une lenteur dans la mise en œuvre des réformes structurelles et le relâchement des efforts d'assainissement des finances publiques. Il en est résulté une convergence insuffisante des économies nationales ayant entraîné le report de l'horizon de convergence à fin 2005.


L'accélération des réformes structurelles et la mise en œuvre de politiques sectorielles pertinentes, en appui aux politiques d'assainissement du cadre macroéconomique, peuvent concourir, de manière déterminante, à la réalisation des objectifs macroéconomiques et sociaux. De même, une normalisation du cadre socio-politique et le maintien de relations harmonieuses avec les institutions de Bretton Woods pourraient largement contribuer à un redressement rapide de la situation économique et financière.


Pour renforcer les réalisations en matière de convergence et garantir l'accès à la phase de stabilité à partir du 1er janvier 2006, les politiques économiques qui seront conduites en 2004 devraient privilégier les orientations suivantes :

  • le renforcement de l'assainissement des finances publiques,
  • la définition de stratégies pertinentes d'endettement après le point d'achèvement.

Renforcement de l'assainissement des finances publiques


L'examen des principaux indicateurs budgétaires montre que l'assainissement des finances publiques a marqué le pas au cours des dernières années. Le ratio des recettes budgétaires rapportées au PIB a stagné et la structure des dépenses n'a pas été modifiée de manière sensible en faveur des dépenses en capital.


Cette évolution est, en partie, imputable au manque de vigueur des actions entreprises pour assurer une meilleure mobilisation des recettes budgétaires et à la mise en œuvre progressive du schéma tarifaire de l'UEMOA. L'impact défavorable de ce schéma sur les finances publiques n'a pu être compensé par les mesures correctrices envisagées.


L'amélioration des recettes budgétaires reposerait essentiellement, d'une part, sur les mesures administratives de renforcement de l'efficacité des régies financières, de lutte contre la fraude et la corruption et, d'autre part, sur l'élargissement de l'assiette fiscale grâce à une fiscalisation du secteur informel et à une réduction des exonérations. En matière de lutte contre la fraude et la corruption, les Etats devraient mettre en place, dans les meilleurs délais, les structures compétentes dotées de ressources humaines, matérielles, financières et techniques adéquates en vue d'éradiquer ce fléau qui constitue une des principales entraves à une croissance économique soutenue et, par conséquent, à une meilleure mobilisation des ressources budgétaires.


Par ailleurs, les Etats devraient prendre les dispositions nécessaires pour la mise en œuvre des directives relatives à la fiscalité indirecte, notamment l'extension du champ de la TVA. Ils devraient également examiner la possibilité de désigner les directeurs généraux des régies financières sur la base d'un contrat d'objectifs afin de les inciter à s'engager vigoureusement dans la résolution des différentes contraintes qui bloquent l'amélioration du recouvrement des recettes budgétaires.


Face aux incertitudes pesant sur une mobilisation conséquente et durable des recettes budgétaires, les efforts d'assainissement des finances publiques devraient, à court terme, accorder la priorité à la maîtrise de l'évolution des dépenses courantes primaires. En effet, il est difficile, à court terme, de mener une action sur la réduction des intérêts de la dette qui constituent une donnée contractuelle. Par contre, l'intensification des efforts d'assainissement des finances publiques, fondée sur une plus grande mobilisation des recettes budgétaires et une maîtrise des dépenses courantes primaires devrait accroître l'épargne budgétaire et favoriser le financement des dépenses d'investissement, en particulier celles destinées aux secteurs prioritaires retenus dans le cadre de la mise en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté.


Enfin, les réformes budgétaires pertinentes ayant trait à la systématisation des Cadres de Dépenses à Moyen Terme (CDMT) et des mécanismes de revue des dépenses publiques devraient être conçues et mises en œuvre afin d'accroître l'efficacité des dépenses publiques.


Définition des stratégies pertinentes d'endettement après le point d'achevement


Trois pays de l'Union à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Bénin ont atteint le point d'achèvement respectivement en avril 2002, en février et mars 2003. Il est prévu que le Niger et le Sénégal l'atteignent au cours de l'année 2003. Des trois pays restant, la Guinée-Bissau a atteint le point de décision mais rencontre des difficultés pour la mise en œuvre du programme économique et financier appuyé par les institutions de Bretton Woods. Il devient impératif pour ces trois pays de prendre les dispositions appropriées pour conclure et mettre en œuvre un programme bénéficiant du soutien desdites institutions, condition préalable au bénéfice de l'initiative qui permet un traitement de fond de la dette.


En effet, le point d'achèvement constitue la dernière étape du processus du bénéfice de l'initiative PPTE et consacre un traitement de fond de la dette extérieure pour la rendre viable. L'objectif principal de l'initiative est de permettre à la dette des pays bénéficiaires de retrouver une position viable après un allégement substantiel au point d'achèvement tout en recherchant à financer partiellement les programmes de lutte contre la pauvreté avec les ressources que dégagerait l'allégement.


A ce stade, quelles stratégies doivent mener les pays concernés pour mieux gérer la période post point d'achèvement et maintenir la dette toujours viable ?


La persistance de difficultés après le point d'achèvement dans certains pays, due essentiellement au climat de conflit, l'utilisation des projections macroéconomiques optimistes retenues dans les analyses de viabilité de la dette extérieure et les insuffisances du cadre institutionnel de gestion de la dette, montre que l'allégement de la dette ne suffit pas à lui seul à garantir la viabilité de la dette. Cette viabilité ne pourra se maintenir à moyen et long termes que si les pays débiteurs accélèrent leur croissance économique, diversifient leur base d'exportation pour réduire leur vulnérabilité aux chocs exogènes défavorables et poursuivent des politiques macroéconomiques soutenables. Ils devront, en outre, mettre en œuvre des politiques d'endettement basées sur une mobilisation prioritaire de subventions et de ressources concessionnelles tout en tenant compte de leur capacité future de remboursement.


Il apparaît que la solution durable au problème d'endettement au-delà du point d'achèvement de l'initiative, dépend beaucoup plus de la croissance économique du pays et de sa capacité à développer une véritable culture de gestion de la dette. Cette culture passe essentiellement par :

  • une prise en compte accrue de la capacité de remboursement dans la formulation de la politique d'emprunt ;
  • la comparabilité des politiques macroéconomiques avec les objectifs internationaux de développement et leur mise en cohérence avec la viabilité de la dette publique extérieure et intérieure ;
  • l'unification de la politique d'endettement nationale ainsi que la clarté dans la gestion par une centralisation de tout emprunt extérieur et intérieur dans une même structure.

Les Etats bénéficiaires de l'initiative PPTE devraient adopter les meilleures pratiques internationales en matière de gestion de la dette et veiller à assurer le renforcement des capacités.


L'allégement au point d'achèvement est insuffisant pour atteindre les objectifs de développement et de réduction de la pauvreté d'où la nécessité de mobiliser des ressources extérieures et intérieures pour assurer ces impératifs. Au niveau extérieur, en marge des financements sus indiqués comprenant des prêts concessionnels, les contraintes retenues dans les programmes économiques et financiers appuyés par les institutions de Bretton Woods imposent en matière d'endettement, aux pays de ne recourir qu'à des emprunts ayant une libéralité d'au moins 35 % à 50 %, selon les cas. En outre, l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE et, consécutivement, la réduction du stock de la dette excluent désormais le pays bénéficiaire de toute possibilité de restructuration de sa dette extérieure auprès des créanciers du Club de Paris. L'ensemble de ces contraintes permet de mieux préserver la viabilité de l'endettement extérieur après le point d'achèvement.


Au niveau intérieur, les pays pauvres très endettés doivent aussi mobiliser les ressources nationales en faveur de la réduction de la pauvreté, notamment les recettes budgétaires et, dans une moindre mesure, la dette intérieure. Le règlement n° 06/2001/CM/UEMOA/ du 6 juillet 2001 portant sur les bons et obligations du trésor émis par voie d'adjudication par les Etats membres, offre une source de financement importante à la disposition de nos Etats. Dans ce cadre, l'émission des titres publics a commencé à prendre de l'ampleur dans l'Union depuis 2001. Cependant, la charge financière associée à la dette intérieure à court terme est supérieure au coût moyen des engagements du portefeuille des dettes de nos pays.


Le développement des marchés de titres publics est une source de financement adéquate pour les pays si les fonds collectés sont utilisés de manière efficiente. En outre, ces fonds constituent des ressources moins inflationnistes et protégées du risque de change.


Au plan de la mobilisation des ressources intérieures, l'émission des bons du Trésor serait inapproprié pour financer le déficit budgétaire de nos Etats en raison de sa maturité très courte mais indiquée en cas de problèmes de trésorerie. Quant aux emprunts obligataires, généralement à moyen ou long termes, ils doivent être encouragés pour le financement du déficit budgétaire et des projets rentables ou de lutte contre la pauvreté. Mais leur développement requiert une politique de création d'un marché secondaire de la dette publique qui contribuera à une meilleure liquidité des titres et à une réduction à terme du coût et des risques sur la dette intérieure.


A l'étape actuelle, les Etats de l'Union qui ont atteint leur point d'exécution doivent :

  • continuer d'entretenir des relations harmonieuses avec les institutions de Bretton Woods pour assurer la poursuite de l'assainissement du cadre macroéconomique et pour bénéficier de ressources extérieures nécessaires à la mise en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté ;
  • mettre en place dans le cadre de l'analyse de la viabilité de la dette publique, un dispositif d'identification exhaustive et de suivi rigoureux de l'évolution de la dette intérieure ;
  • mobiliser davantage, dans le cadre de la stratégie de réduction de la pauvreté, de ressources internes à travers le renforcement de l'efficacité des régies financières et le recours au marché régional des titres de la dette publique ;
  • appuyer les institutions communautaires compétentes dans leur programme de mise en place d'un marché secondaire attractif des titres publics qui conférerait un caractère liquide aux titres publics et favoriser la baisse des taux d'intérêt.

Toutefois, il convient de noter qu'en l'absence d'une politique rigoureuse de maîtrise des déficits publics, les importants recours au marché financier régional, ne manqueront pas de poser très rapidement un problème de viabilité de la dette publique du fait essentiellement de sa composante intérieure acquise aux conditions de marché et pour laquelle, il n'existe pas encore de mécanisme d'allégement.


Conclusion Général du rapport d'exécution de la surveillance multilatérale (Juillet 2003)


La consolidation de la croissance économique attendue en 2002 n'a pas eu lieu. La croissance est ressortie à 1,7 % contre 3,9 % en 2001 en liaison avec les mauvaises conditions climatiques et la crise militaro-politique survenue en Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002. La croissance a diminué dans la plupart des pays de l'Union. Cette croissance a été réalisée dans un contexte marqué par la décélération de l'inflation en dépit des perturbations des circuits d'approvisionnement dans des certains États membres de l'Union. La répercussion de ces perturbations sur les prix a été limitée, en raison des excédents agricoles enregistrés au cours de la campagne 2001/2002.


La situation de la dette est restée inquiétante et des lenteurs ont été enregistrées dans la mise en œuvre des réformes pour atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE en 2002. Mais, à fin mars 2003, trois États ont atteint le point d'achèvement et ramené leur endettement dans des proportions acceptables.


La faible croissance économique a induit un ralentissement du rythme de convergence des performances économiques des États membres de l'Union. Dans la plupart des États membres, le niveau des critères s'est dégradé. Aucun Etat membre n'a respecté l'ensemble des huit critères de convergence en 2002. S'agissant particulièrement du critère clé, il a été respecté par trois États membres. La situation est demeurée préoccupante dans les États qui bénéficient d'une faible assistance de la communauté financière internationale. Ces États ont continué à accumuler d'importants arriérés de paiement intérieurs et extérieurs. En vue de permettre la réalisation de la convergence nécessaire à la stabilité monétaire, l'horizon de convergence a été reporté au 31 décembre 2005.


Les perspectives pour 2003 indiquent une relative stagnation. Le taux de croissance prévu à 1,9 % sera inférieur au taux de croissance démographique. Le redressement dépendra, dans une large mesure, de la rapidité avec laquelle une solution durable sera trouvée à la crise en Côte d'Ivoire.


L'amélioration des performances macroéconomiques et l'exigence de convergence effective des économies nationales en 2005 requièrent la prise en compte des orientations de politique économique pour l'année 2004. Ainsi, outre la nécessité de soutenir les efforts de normalisation en cours en Côte d'Ivoire, il est impératif pour les États membres de :

  • poursuivre et de renforcer l'assainissement des finances publiques ;
  • mettre en œuvre de mesures appropriées en vue d'atteindre rapidement le point d'achèvement et bénéficier ainsi d'un traitement de fond de la dette ;
  • définir une stratégie d'endettement après le point d'achèvement mettant l'accent sur la prudence à observer par les États membres dans leur recours au financement disponible sur le marché financier régional.

Source: Commission de l'UEMOA, Décembre 2003


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