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La situation économique et financière de la
Guinée Bissau

(Extrait du Rapport d'Exécution de la Surveillance Multilatérale de l'UEMOA, Décembre 2002)

En 2002, la situation économique serait marquée par une contraction de l'activité économique avec un taux de croissance du PIB de -4,3 % contre 0,2 % en 2001. Cette récession se déroulerait dans un contexte de pressions inflationnistes. En effet, sur l'année, le taux d'inflation annuel moyen se situerait comme en 2001 à 3,3 %.


Au plan des finances publiques, la situation serait caractérisée par une légère aggravation du déficit global qui représenterait 9,8 % du PIB contre 9,6 % en 2001.


S'agissant des échanges extérieurs, le déficit courant hors dons ressortirait à 21,1 % du PIB contre 12,1 % en 2001.


Quant à la situation monétaire, elle serait marquée par une augmentation de la masse monétaire de 21,2 %, liée à l'augmentation de la circulation fiduciaire.


En ce qui concerne l'état de la convergence, le profil des indicateurs se dégraderait.


* * *


Évolution économique récente et perspectives 2003 :


Pour 2002, les dernières estimations du PIB indiquent une récession économique avec un taux de croissance de -4,3 % contre 0,2 % en 2001. Cette récession résulterait de la baisse de la production agricole notamment de celle de la noix de cajou, des difficultés des entreprises privées et publiques, des perturbations dans la fourniture d'énergie et de la fermeture de deux banques sur les trois existantes.


L'activité du secteur primaire, représentant près de 59,7 % du PIB, serait affectée par les mauvaises conditions climatiques. Ainsi la production de la noix de cajou a baissé de 14,1 % en 2002, induisant un repli de l'activité du secteur primaire de 4,5 % contre une hausse de 1,5 % en 2001. En revanche, le secteur secondaire, impulsé par les activités des Bâtiments et Travaux Publics, connaîtrait un taux de croissance de 1,9 % contre -1 % en 2001. Quant au secteur tertiaire, son activité baisserait, particulièrement au niveau des branches commerce, services et administration pour respectivement 2,9 %, 3,5 % et 12,6 %.


Du côté de la demande, la consommation et les investissements privés n'ont pas pu stimuler la croissance en 2002, en raison de la baisse des revenus des ménages induites par la chute des cours mondiaux de la noix de cajou et des difficultés du secteur privé dont les actifs ont été totalement gelés sous forme d'arriérés de paiement de l'Etat.


La récession économique s'est déroulée dans un contexte de pressions inflationnistes. En glissement, sur les neufs premiers mois de l'année 2002, le taux d'inflation mesuré par l'indice des prix à la consommation (IPC) s'est situé à 3,7 %. La hausse des prix, observée au cours de cette période, s'explique par une insuffisance de l'offre de produits alimentaires et la persistance de la crise énergétique. Sur l'année 2002, le taux d'inflation moyen pourrait s'établir à 3,3 %.


La situation des finances publiques serait caractérisée par des tensions de trésorerie permanentes liées à la faible mobilisation des recettes budgétaires. En effet, les recettes budgétaires baisseraient de 27,7 % pour représenter 13,6 % du PIB contre 19,5 % en 2001. Ces contre-performances résulteraient d'une part du manque à gagner sur les recettes tirées de la vente à l'exportation de la noix de cajou, consécutif à la chute conjuguée de la production et des cours pour respectivement 14,1 % et 40 % et d'autre part de la révision à la baisse de la taxe d'exportation qui est passée de 10 % en 2001 à 6 % en 2002.


Par ailleurs, au niveau de la fiscalité intérieure, l'application de l'Impôt Général sur les Ventes (IGV), excluant de son champ d'application les détaillants, constitue également un manque à gagner considérable sur les recettes. Enfin, le relèvement de la taxe spéciale sur la consommation de bières et de tabacs de 5 % à 40 %, opéré en juin 2002, a plutôt favorisé la consommation des produits de fabrication locale, relevant exclusivement du secteur informel dont l'activité ne fait pas l'objet de rentrées fiscales.


Quant aux dons, ils baisseraient de 57,8 % en 2002, en s'établissant à 8 milliards en 2002 contre 19 milliards en 2001.


Du côté des dépenses, la situation a été caractérisée par un faible taux d'exécution des dépenses programmées. Les dépenses totales baisseraient de 29,2 % pour représenter 28,8 % du PIB contre 42,1 % en 2001. Cette évolution serait imputable aux dépenses courantes et aux dépenses en capital qui baisseraient respectivement, de 25,3 % et 38 %.


Malgré la faible mobilisation des recettes, le déficit global hors dons s'améliorerait pour représenter 15,1 % du PIB contre 22,6 % en 2001. En revanche, le déficit global s'aggraverait en s'établissant à 9,8 % du PIB contre 9,6 % en 2001.


S'agissant de la dette publique totale, son encours est estimé à 597,8 milliards, soit 395,6 % du PIB contre 405,1 % en 2001. La dette extérieure représenterait 91,5 % de la dette publique totale. Le service de la dette représenterait 123,7 % des recettes budgétaires totales. Des accumulations d'arriérés de paiements intérieurs et extérieurs devraient être enregistrés pour respectivement 9,0 milliards et 9,9 milliards La finalisation du DRSP initialement prévue en 2002 est reportée au premier trimestre 2003. Les allégements ainsi attendus de l'initiative PPTE n'ont pu être effectifs.


En ce qui concerne les échanges extérieurs, le déficit courant hors dons s'aggraverait pour représenter 21 % du PIB contre 12,1 % en 2001. Cette dégradation serait imputable aussi bien à la balance commerciale qu'à la balance des services. Le solde commercial passerait d'un excédent de 0,8 milliard en 2001 à un déficit de 12,1 milliards en 2002 Quant à la balance des services, elle ressortirait déficitaire de 20 milliards, en détérioration de 2,6 milliards par rapport à son niveau de 2001


Quant à la situation monétaire, elle serait caractérisée par une hausse des avoirs extérieurs nets de 15,1 milliards, en s'établissant à 46,6 milliards, une augmentation de 5 % du crédit intérieur qui ressortirait à 20,9 milliards. L'évolution du crédit intérieur s'expliquerait en grande partie par celle des crédits nets à l'Etat. En effet, la position nette du gouvernement serait à 18,4 milliards, soit en dégradation de 0,8 milliard par rapport à 2001, en raison de la baisse des dépôts de l'Etat à la banque centrale. Quant aux crédits à l'économie, ils baisseraient de 43,1 % pour s'établir à 2,5 milliards à fin décembre 2002. Ce recul serait le fait de la baisse des crédits ordinaires, consécutive à la récession économique de 2002. En revanche, la masse monétaire croîtrait de 21,2 % en s'établissant à 85,3 milliards à fin décembre 2002. Cette évolution serait liée à la hausse de la circulation fiduciaire de 19 %.


En 2003, l'économie pourrait renouer avec la croissance. Les projections font ressortir un taux de croissance du PIB de 3,9 %. Le secteur primaire enregistrerait une croissance de 2,4 % du fait du retour des conditions climatiques normales. Le secteur secondaire connaîtrait une croissance de 5,8 %, sous l'impulsion de la branche BTP Il en est de même pour le secteur tertiaire avec les branches commerce, transport et administration dont le rythme de croissance des activités seraient respectivement de 7,7 %, 6,2 % et 4,2 % en 2003.


Pour 2003, le taux d'inflation annuel moyen est projeté à 3 %.


Les projections sur les finances publiques font ressortir une aggravation du déficit budgétaire de base rapporté au PIB. Il s'établirait à près de 10 % en 2003. Les recettes budgétaires totales devraient représenter 15,5 % du PIB contre 15,1 % en 2002. Quant aux dépenses totales, elles représenteraient 50,5 % du PIB contre 28,8 % en 2001. Cette évolution serait imputable aux dépenses en capital qui augmenteraient de 266 % en 2003, en liaison avec la reprise attendue des travaux de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures, sous l'appui de la communauté financière internationale. Les prévisions de besoin de financement seraient de 19 milliards. Enfin sur le budget 2003, il est prévu une réduction des allocations sur les dépenses improductives.


Quant à la situation de la dette, la finalisation du DRSP final en début 2003 devrait permettre à la Guinée-Bissau de bénéficier des allégements substantiels du service de la dette. Dans le cadre d'une politique prudente de gestion de la dette, l'encours de la dette publique totale devrait se situer 599 milliards en 2003 contre 597,8 milliards en 2002.


S'agissant les comptes extérieurs, le déficit extérieur courant hors dons s'aggraverait pour représenter 22 % du PIB contre 21 % en 2001. Cette dégradation serait imputable essentiellement à la balance des biens et services.


En ce qui concerne la situation monétaire, il a été retenu pour 2003 un objectif d'avoirs extérieurs de 52 milliards, un encours de crédit intérieur à 21,9 milliards. La Position nette du Gouvernement est projetée à 18,4 milliards, soit au même niveau que celui de 2002 et les crédits à l'économie à 9,3 milliards, en hausse de 6,8 milliards par rapport à 2002, en liaison avec la reprise économique attendue en 2003. Au total, la masse monétaire accuserait une légère hausse en s'établissant à 91,4 milliards en 2003.


* * *


État de la convergence :


La Guinée-Bissau n'a pas pu avoir un programme 2002-2004. A la date de la tenue du secrétariat conjoint, le programme pluriannuel de convergence, de croissance, de stabilité et de solidarité au titre de la période 2003-2005, n'a pas encore été transmis à la Commission.


La situation de la convergence en 2002 se présente comme suit :


Critères de premier rang :

  • Le ratio solde budgétaire de base rapporté au PIB nominal s'améliorerait en s'établissant à - 7,3 % contre - 10,6 % en 2001. Cette évolution serait principalement imputable à la baisse des dépenses courantes et des investissements financés sur ressources internes.
  • Le taux d'inflation annuel moyen pourrait s'établir à 3,3 %.
  • L'encours de la dette intérieure et extérieure rapporté au PIB nominal s'établirait à 395,6 % contre 405,1 % en 2001
  • La non-accumulation d'arriérés de paiements intérieurs sur la gestion de la période courante. ne serait pas respecté. En 2002, une accumulation d'arriérés de 3,2 milliards serait enregistrée ;
  • La non-accumulation d'arriérés de paiements extérieurs sur la gestion de la période ne serait pas respecté. En 2002, une accumulation d'arriérés de 9,9 milliards serait enregistrée ;

Critères de second rang :

  • Le ratio masse salariale sur recettes fiscales, estimé à 76,5 % en 2001 se détériorerait fortement en se situant à 94,6 % en 2002.
  • Le ratio investissements publics financés sur ressources internes rapportés aux recettes fiscales se détériorerait en passant de 19,9 % en 2001 à 5,6 % en 2002.
  • Le taux de pression fiscale s'établirait à 7,5 % en 2002 contre 10 % en 2001.
  • Le ratio déficit extérieur courant hors dons rapporté au PIB nominal s'établirait à 21 % en 2002 contre 12,1 % en 2001.

Au total, la situation de la convergence en 2002 révèle qu'aucun critère ne serait respecté à l'horizon 2002.


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Conclusions et recommandations :


Pour faire évoluer l'économie sur un sentier de convergence conforme aux objectifs du Pacte, les efforts d'assainissement des finances publiques devraient être poursuivis et intensifiés, notamment par l'amélioration du recouvrement des recettes et la maîtrises des dépenses ainsi que le respect des principes et procédures budgétaires.


Les réformes structurelles devraient également être mises en œuvre.

  • En vue d'améliorer les recettes, les mesures devraient porter sur :
    • La mise en place d'une réforme fiscale, notamment par l'harmonisation de la fiscalité intérieure par le passage de l'IGV à la TVA ;
    • Le relèvement des droits de douane sur la farine de blé de 5 % à 20 %, conformément au TEC retenu dans le cadre communautaire. Cette mesure devra au préalable faire l'objet de mesures d'accompagnement consistant à favoriser la création d'unités de transformation ;
    • Le renforcement des régies financières par l'informatisation des services décentralisés en vue d'une meilleure maîtrise du circuit de la recette
  • En vue de maîtriser les dépenses, les actions porteront sur :
    • La réduction des allocations sur les dépenses improductives ;
    • Le respect scrupuleux des dispositions du décret portant sur les procédures d'exécution des dépenses publiques, notamment en ce qui concerne la production des pièces justificatives ;
    • Le suivi des dépenses par le renforcement de la Cellule interministérielle des Dépenses ;
    • Et le renforcement des capacités techniques par la mise en place d'une base de données fiables sur la dette ;

Dans le court terme, des mesures conservatoires de stabilisation des finances publiques s'imposent, à travers le respect du plan de trésorerie, arrêté avec le FMI pour le quatrième trimestre 2002 et le premier semestre 2003.


Enfin, les autorités devraient poursuivre les efforts en vue de conclure avec le FMI un programme de référence, au plus tard avant le premier trimestre 2003, et le cas échéant de veiller à sa bonne exécution.

  • Au titre des mesures structurelles, la réhabilitation du secteur privé devrait être érigée au rang des priorités du Gouvernement. Elle visera principalement à soutenir le processus de privatisation et de restructuration des entreprises publiques et à encourager l'initiative privée. Au préalable, elle passera par le paiement des arriérés de paiements dus par l'Etat.
  • En ce qui concerne le secteur énergétique et de l'eau, la réhabilitation du réseau de production et de distribution passe par l'amélioration de l'efficacité de la gestion et du rendement de l'exploitation des installations existantes ainsi que l'augmentation des capacités de production. A cet égard, la privatisation des secteurs de l'eau et de l'électricité devrait être finalisée dans le courant du premier trimestre 2003.
  • En matière d'amélioration de l'environnement des entreprises, la baisse du coût des facteurs de production, notamment au niveau du Port de Guinée-Bissau devrait être envisagée.

Source: Commission de l'UEMOA, Décembre 2002


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