|
A la faveur de la normalisation progressive du
climat socio-politique et de la signature d'un programme économique et
financier appuyé par les institutions de Bretton Woods en mars 2002, les
perspectives économiques faisaient état d'une reprise en Côte d'Ivoire.
Ainsi la croissance économique projetée à 3 % en 2002 devrait être
soutenue par la reprise des investissements publics financés par l'afflux de
capitaux étrangers. Parallèlement, le retour de la confiance et les
engagements des autorités à mettre en œuvre des réformes, notamment dans
les filières agricoles d'exportation devraient vaincre l'attentisme des
investisseurs privés. Bien qu'en légère détérioration du fait de la
relance des dépenses publiques d'investissement, la situation des finances
publiques traduirait une amélioration du profil des critères de convergence.
Mais, la survenue le 19 septembre 2002 de la
plus grande crise politico-militaire qu'ait jamais connue le pays depuis les
indépendances, rend aujourd'hui caduques les prévisions économiques pour
l'année 2002 et 2003. Cette situation a entraîné une révision de ces
prévisions. Les perspectives pour l'année 2002 et 2003 indiquent une
détérioration de la situation économique et financière et par conséquent,
une dégradation du profil des indicateurs de convergence.
Les perspectives
2002 sans la crise :
La croissance économique projetée à 3% en
2002 contre 0,1 % en 2001, devrait être impulsée par tous les secteurs. En
effet, le secteur primaire bien que confrontée à la baisse de la production
de rente, devrait croître que de 0,3 %. La valeur ajoutée du secteur
secondaire augmenterait de 5,1 % en liaison avec le regain d'activité des
industries de raffinage de pétrole et la reprise de la production
pétrolière du Champ ESPOIR ainsi que des travaux publics. Le secteur
tertiaire, porté par l'effet de rattrapage du commerce de détail, la reprise
dans le transport et la dynamique du sous-secteur télécommunications,
devrait croître de 3,3%. Les contributions des secteurs primaire, secondaire
et tertiaire, à la croissance du PIB seraient respectivement de 1,0 point ;
0,7 point et 1,3 point.
Au niveau de la demande, la croissance serait
impulsée par la formation brute de capital fixe qui augmenterait de 39,3 %
contre un repli de 11,0 % en 2001. Le contexte favorable à la mobilisation de
ressources extérieures devrait permettre la relance des investissements
publics puisque la composante publique de la FBCF serait en hausse de 132 %
par rapport à 2001. La consommation progresserait de 0,8 %.
En ce qui concerne les échanges extérieurs,
les importations augmenteraient de 6,3% en raison principalement de la
progression des importations des biens d'équipement. Quant aux exportations,
elles progresseraient de 2 %. Les contributions à la croissance de la
consommation, des investissements et des échanges extérieurs seraient
respectivement de 0,5 point ; 3,0 points, -0,5 point.
En terme nominal, l'épargne intérieure
serait de 23,1 % du PIB contre 21,5 % en 2001. Le taux d'investissement
passerait de 12,0 % à 15,3 %.
Le taux d'inflation annuel moyen serait de 3%
en 2002 contre 4,4% en 2001. La baisse du rythme d'évolution des prix devrait
faire suite à la baisse des prix des produits pétroliers intervenue en
février 2002.
Reflétant, l'accélération de l'évolution
des dépenses en capital de 2,5 points du PIB, la situation des finances
publiques devrait enregistrer une légère dégradation. Le déficit global
serait de 0,4 % du PIB en 2002 contre un excédent de 1,0 % l'année
précédente, en dépit des performances attendues en matière de recouvrement
des recettes fiscales et de l'afflux des financements extérieurs, consécutif
à la conclusion d'un programme avec le FMI.
En effet, les recettes budgétaires devraient
augmenter de 7,3 % pour s'établir à 20 % du PIB, sous l'impulsion des
recettes non fiscales. Les recettes fiscales bien qu'en accroissement de 5,6%
sous l'impulsion des recettes sur le commerce international et celles des
biens et services, stagneraient autour de 16,8 % du PIB.
Les dépenses totales augmenteraient de 15,8%
pour s'établir à 20,5 % du PIB contre 18,8 % en 2001. Cette évolution
serait imputable notamment à l'augmentation sensible des dépenses
d'investissement qui représenteraient 3,9% du PIB en 2002 contre 1,8 % en
2001. En ce qui concerne dépenses courantes, elle progresserait de 2,3% en
rapport avec les augmentations de la masse salariale de 5,4 % et du poste
transferts et subventions de 15,4 %.
Dans le cadre du programme économique appuyé
par les institutions de Bretton Woods, aucune accumulation d'arriérés de
paiement intérieurs et extérieurs ne serait enregistrée. En outre, les
arriérés existants vis-à-vis des créanciers bilatéraux seraient apurés.
Pour les autres créanciers, un plan d'apurement devrait être négocié et le
règlement des échéances serait étalé jusqu'au premier trimestre 2003.
S'agissant de la dette publique totale, sa
situation demeure préoccupante avec un encours représentant 104,3 % du PIB
en 2002 contre 118,1 % en 2001. Au niveau de la dette extérieure, la Côte
d'Ivoire a bénéficié d'un rééchelonnement de l'ordre de 887 milliards
auprès du Club de Paris et les négociations devraient aboutir au traitement
de la dette commerciale au Club de Londres. Dans le cadre de l'Initiative PPTE,
la Côte d'Ivoire avait prévu atteindre le point de décision en 2002, ce qui
aurait permis de mobiliser des ressources additionnelles de l'ordre de 15
milliards.
S'agissant des comptes extérieurs, ils
devraient enregistrer un excédent de 47,0 milliards en 2002 contre 286,6
milliards en 2001. Ce recul serait imputable à la dégradation des
transactions courantes et la contraction du compte de capital et d'opérations
financières. Il masque l'impact positif sur le commerce extérieur de
l'amélioration des termes de l'échange estimée à 6,6 % au troisième
trimestre, et tirée notamment par la remontée des prix du cacao en fève de
45 % et du cacao en produits transformés de 35 %.
En ce qui concerne la situation monétaire,
elle devrait se caractériser d'une part, par une progression des avoirs
extérieurs nets de 47,0milliards et d'autre part, par un repli de 0,3 % du
crédit intérieur qui ressortirait à 1666,2 milliards.
Au total, la masse monétaire devrait
progresser de 3,7 % par rapport à 2001 pour s'établir à 1913,4 milliards.
La conjoncture
actuelle et les perspectives 2002-2003 :
La crise est profonde et a des répercussions
aux plans national et sous régional. La rupture avec la situation de
dépression économique amorcée en 2000, pourrait plus se réaliser. En
effet, les performances économiques envisagées en début d'année avec la
projection d'une croissance économique de 3 % doivent être révisées à la
lumière des principales caractéristiques tels que la fermeture de certaines
frontières terrestres, le ralentissement de l'activité des entreprises, le
prolongement de la situation de crise.
Les conséquences de la crise pourraient être
appréhendées à partir des déterminants et des hypothèses suivants :
Les déterminants :
Il s'agit essentiellement de :
- la faiblesse du taux d'exécution des
investissements publics
Ce facteur défavorable a été observé avant
le 19 septembre 2002. La demande intérieure a été affectée par le rythme
assez faible d'exécution des investissements de l'Etat. La relance des
investissements est pratiquement remise en cause par la crise actuelle que
connaît le pays. Cette situation est aggravée d'une part, par les craintes
et la prudence observée par le secteur privé qui se manifeste par le
ralentissement des activités des entreprises et d'autre part, par la
suspension des appuis financiers de certains bailleurs de fonds bilatéraux.
- la hausse du taux d'inflation
La particularité du climat socio-politique
rend difficile les échanges commerciaux intérieurs. En outre, la
désorganisation des circuits intérieurs et la fermeture des frontières
terrestres avec les pays limitrophes accentuent les problèmes
d'approvisionnement en produits alimentaires traditionnellement importés des
pays sahéliens. Les répercussions sur les prix sont immédiatement
ressenties sur les marchés.
- du reflux des échanges avec la sous
région
La fermeture des frontières terrestres
entraîne une désorganisation des circuits du commerce régional avec pour
conséquences des effets négatifs sur le secteur tertiaire, notamment le
commerce et les transports. En effet, toute la chaîne de transport composée,
notamment de l'activité du Port d'Abidjan, des transports ferroviaire et
routier ainsi que l'activité de transit, est affectée.
Par ailleurs, l'activité touristique est
sérieusement affectée, comme en témoignent le ralentissement des activités
de restauration aggravée par le contexte de couvre-feu, le faible taux
d'occupation des hôtels et la forte réduction du nombre des passagers sur
des vols aériens internationaux à destination d'Abidjan.
- la baisse des recettes fiscales et la
redéfinition des priorités
Les performances des régies financières
concrétisées par un meilleur recouvrement des recettes budgétaires au
premier semestre 2002, pourraient s'inscrire en net retrait au dernier
trimestre en rapport avec la perte de contrôle sur les zones occupées. En
effet, l'activité économique connaîtrait un important repli au cours de
cette période. Par ailleurs, la redéfinition des priorités en matière de
dépenses publiques peut compromettre sérieusement les objectifs
d'assainissement des finances publiques ainsi que l'efficacité des finances
publiques.
La forte contraction de l'activité
économique et les conséquences qui en découlent tant du point de vue de la
mobilisation des recettes budgétaires que de leur affectation rendent
particulièrement difficile l'amélioration du profil des critères de
convergence.
Les hypothèses :
Les hypothèses suivantes ont été faites
pour mieux apprécier l'évolution des fondamentaux de l'économie ivoirienne
:
- baisse des exportations de 2% en 2002 du
fait de la suspension des échanges avec les pays. En 2003, il est
supposé que ces trois pays sahéliens ont modifié en partie
l'orientation géographique de leur commerce extérieur (ce qui conduit à
une baisse en année pleine de 1,6% des exportations de la Côte d'Ivoire)
;
- impact ex ante sur les prix de 1% en 2002
et également en 2003 du fait de l'effet d'acquis ;
- baisse de la production cacaoyère de
40.000 tonnes en 2002 et 40.000 tonnes en 2003 ;
- baisse en 2003, des financements
extérieurs (aide projet, aide programme et dons) ne représentent plus
que deux tiers des niveaux atteints en 2002 ;
- perte de recettes fiscales de 20% au cours
du quatrième trimestre (-60 milliards de Francs CFA).
Ce scénario qui est optimiste considère
qu'un accord intervient avant la fin du premier trimestre 2003. La crise
socio-politique a encore des conséquences au cours du premier semestre 2003
du fait de la remise en état de marche de l'appareil de production, de la
reconstitution des circuits de distribution et de commercialisation habituels
ainsi que le retour progressif de la confiance des investisseurs.
Les perspectives
économiques 2002- 2003 :
Reflétant les effets des hypothèses sur
l'activité économique et financière, la croissance économique serait de
0,0 % en 2002 contre une prévision initiale de 3 %.
La situation des finances publiques se
dégraderait sensiblement. En effet, le déficit global triplerait en
s'établissant à 2 % contre 0,6 % du PIB prévu initialement. Cette
évolution proviendrait essentiellement du repli de 1,5 point du PIB des
ressources de l'Etat. En effet, les recettes budgétaires pourraient se
contracter de 1 point pour se situer à 18,4 % du PIB en rapport avec la
contraction de la pression fiscale. En ce qui concerne les dépenses, elles
demeureraient relativement élevées. Elles représenteraient 21 % du PIB
contre 18,8 % en 2001 et une prévision initiale de 20,5 %.
En 2003, l'économie ivoirienne connaîtrait
comme en 2000, une dépression, le taux de croissance du PIB étant projeté
à -1,5 %.
Les opérations financières de l'Etat se
solderaient par une aggravation des déficits budgétaires. Ainsi, le déficit
du solde budgétaire global serait de 2,9 % du PIB et celui du déficit global
hors dons de 3,4 % du PIB. Ces évolutions aggraveraient les problèmes de
financement de l'économie de la Côte d'Ivoire, pays confronté à un
endettement élevé et un important service de la dette.
La récession économique et la situation
défavorable des finances publiques devraient avoir des répercussions sur la
réalisation des valeurs de référence associées aux critères de
convergence pour 2002 et 2003.
*
* *
État de la
convergence :
A la date du 05 décembre 2002, le programme
pluriannuel de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité
2003-2005 n'a pas été transmis à la Commission. L'analyse de l'état de
convergence est basée sur les simulations faites par la Commission suivant le
scénario optimiste.
Situation de la convergence pour l'année 2002
et 2003
La situation de la convergence se présente
comme suit :
Critères de premier rang :
- Le solde budgétaire de base rapporté au
PIB nominal s'établirait à 0,3 % en 2002 contre 1,4 % en 2001 et pour un
objectif de 1,6 %. En 2003, il serait de 0,5 % pour un objectif de 2,2 %.
- Le taux d'inflation annuel moyen serait de
3,0 % en 2002 contre 4,4 % en 2001. La norme communautaire de 3 % au
maximum pourrait être respectée. La prévision d'août indiquait une
inflation de 2,4 %.
- L'encours de la dette publique totale
rapporté au PIB nominal s'établirait à 107,0 % en 2002 pour un objectif
de 104,3 %. En 2003, l'encours représenterait 101,2 % pour un objectif de
89,1 % du PIB.
- Les arriérés de paiement :
- Le critère de non accumulation
d'arriérés de paiement intérieurs sur la période courante serait
respecté en 2002. En 2003, l'objectif de non accumulation risque d'être
compromis.
- Le critère de non accumulation de
nouveaux arriérés de paiement extérieurs sur la période courante : Ce
critère serait respecté en 2002. L'important montant du rééchelonnement
obtenu permettrait de desserrer la pression sur les paiements extérieurs.
En 2003, l'objectif de non accumulation risque d'être compromis.
Critère de second rang :
- Le ratio masse salariale sur recettes
fiscales serait de 44,5 % en 2002 contre 41,4 % en 2001 % et un objectif
de 41,4 %. En 2003, il serait de 46,0 % contre un objectif de 41,9 %.
- Le ratio dépenses d'investissements
financées sur ressources internes rapportées aux recettes fiscales
s'établirait à 10,6 % en 2002 contre 7,2 % en 2001 et pour un objectif
de 11,0 % retenu dans le programme pluriannuel. En 2003, il est projeté
à 10,4 % pour un objectif de 11,8 %.
- Le taux de pression fiscale ressortirait à
15,9 % en 2002 contre 16,8 % en 2001 et pour un objectif de 16,7 %. En
2003, il serait de 16,7 % pour un objectif de17,0 %
- Le déficit extérieur courant hors dons
sur le PIB nominal. Après avoir été excédentaire de 0,7 % en 2001, ce
solde redeviendrait déficitaire. Le déficit serait de 1,5 %
conformément à la prévision. L'amélioration des termes de l'échange
d'environ 6,6 % impulsée par les cours favorables du cacao devrait
justifier cette perspective. En 2003, comme par le passé, il ne devrait
pas s'éloigner de la norme.
*
* *
Conclusion et
recommandations :
La situation de crise actuelle et l'absence de
programme pluriannuel de convergence, de stabilité, de croissance et de
solidarité pour la période 2003-2005, ne permettent pas d'avoir une bonne
visibilité sur les perspectives économique et financière du pays, sur le
moyen terme. Cette situation constitue un frein à la promotion des
investissements et par conséquent à la relance effective de l'activité
économique.
Pour replacer l'économie sur un sentier de
convergence, les Autorités devront prendre des dispositions appropriées pour
la restauration d'un climat de paix sociale indispensable à la poursuite du
programme économique et financier conclu avec les institutions de Bretton
Woods.
Source: Commission de
l'UEMOA, décembre 2002
|