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La situation économique et financière
de la Côte d'Ivoire

(Extrait du Rapport d'Exécution de la Surveillance Multilatérale de l'UEMOA, Décembre 2002)

A la faveur de la normalisation progressive du climat socio-politique et de la signature d'un programme économique et financier appuyé par les institutions de Bretton Woods en mars 2002, les perspectives économiques faisaient état d'une reprise en Côte d'Ivoire. Ainsi la croissance économique projetée à 3 % en 2002 devrait être soutenue par la reprise des investissements publics financés par l'afflux de capitaux étrangers. Parallèlement, le retour de la confiance et les engagements des autorités à mettre en œuvre des réformes, notamment dans les filières agricoles d'exportation devraient vaincre l'attentisme des investisseurs privés. Bien qu'en légère détérioration du fait de la relance des dépenses publiques d'investissement, la situation des finances publiques traduirait une amélioration du profil des critères de convergence.


Mais, la survenue le 19 septembre 2002 de la plus grande crise politico-militaire qu'ait jamais connue le pays depuis les indépendances, rend aujourd'hui caduques les prévisions économiques pour l'année 2002 et 2003. Cette situation a entraîné une révision de ces prévisions. Les perspectives pour l'année 2002 et 2003 indiquent une détérioration de la situation économique et financière et par conséquent, une dégradation du profil des indicateurs de convergence.


Les perspectives 2002 sans la crise :


La croissance économique projetée à 3% en 2002 contre 0,1 % en 2001, devrait être impulsée par tous les secteurs. En effet, le secteur primaire bien que confrontée à la baisse de la production de rente, devrait croître que de 0,3 %. La valeur ajoutée du secteur secondaire augmenterait de 5,1 % en liaison avec le regain d'activité des industries de raffinage de pétrole et la reprise de la production pétrolière du Champ ESPOIR ainsi que des travaux publics. Le secteur tertiaire, porté par l'effet de rattrapage du commerce de détail, la reprise dans le transport et la dynamique du sous-secteur télécommunications, devrait croître de 3,3%. Les contributions des secteurs primaire, secondaire et tertiaire, à la croissance du PIB seraient respectivement de 1,0 point ; 0,7 point et 1,3 point.


Au niveau de la demande, la croissance serait impulsée par la formation brute de capital fixe qui augmenterait de 39,3 % contre un repli de 11,0 % en 2001. Le contexte favorable à la mobilisation de ressources extérieures devrait permettre la relance des investissements publics puisque la composante publique de la FBCF serait en hausse de 132 % par rapport à 2001. La consommation progresserait de 0,8 %.


En ce qui concerne les échanges extérieurs, les importations augmenteraient de 6,3% en raison principalement de la progression des importations des biens d'équipement. Quant aux exportations, elles progresseraient de 2 %. Les contributions à la croissance de la consommation, des investissements et des échanges extérieurs seraient respectivement de 0,5 point ; 3,0 points, -0,5 point.


En terme nominal, l'épargne intérieure serait de 23,1 % du PIB contre 21,5 % en 2001. Le taux d'investissement passerait de 12,0 % à 15,3 %.


Le taux d'inflation annuel moyen serait de 3% en 2002 contre 4,4% en 2001. La baisse du rythme d'évolution des prix devrait faire suite à la baisse des prix des produits pétroliers intervenue en février 2002.


Reflétant, l'accélération de l'évolution des dépenses en capital de 2,5 points du PIB, la situation des finances publiques devrait enregistrer une légère dégradation. Le déficit global serait de 0,4 % du PIB en 2002 contre un excédent de 1,0 % l'année précédente, en dépit des performances attendues en matière de recouvrement des recettes fiscales et de l'afflux des financements extérieurs, consécutif à la conclusion d'un programme avec le FMI.


En effet, les recettes budgétaires devraient augmenter de 7,3 % pour s'établir à 20 % du PIB, sous l'impulsion des recettes non fiscales. Les recettes fiscales bien qu'en accroissement de 5,6% sous l'impulsion des recettes sur le commerce international et celles des biens et services, stagneraient autour de 16,8 % du PIB.


Les dépenses totales augmenteraient de 15,8% pour s'établir à 20,5 % du PIB contre 18,8 % en 2001. Cette évolution serait imputable notamment à l'augmentation sensible des dépenses d'investissement qui représenteraient 3,9% du PIB en 2002 contre 1,8 % en 2001. En ce qui concerne dépenses courantes, elle progresserait de 2,3% en rapport avec les augmentations de la masse salariale de 5,4 % et du poste transferts et subventions de 15,4 %.


Dans le cadre du programme économique appuyé par les institutions de Bretton Woods, aucune accumulation d'arriérés de paiement intérieurs et extérieurs ne serait enregistrée. En outre, les arriérés existants vis-à-vis des créanciers bilatéraux seraient apurés. Pour les autres créanciers, un plan d'apurement devrait être négocié et le règlement des échéances serait étalé jusqu'au premier trimestre 2003.


S'agissant de la dette publique totale, sa situation demeure préoccupante avec un encours représentant 104,3 % du PIB en 2002 contre 118,1 % en 2001. Au niveau de la dette extérieure, la Côte d'Ivoire a bénéficié d'un rééchelonnement de l'ordre de 887 milliards auprès du Club de Paris et les négociations devraient aboutir au traitement de la dette commerciale au Club de Londres. Dans le cadre de l'Initiative PPTE, la Côte d'Ivoire avait prévu atteindre le point de décision en 2002, ce qui aurait permis de mobiliser des ressources additionnelles de l'ordre de 15 milliards.


S'agissant des comptes extérieurs, ils devraient enregistrer un excédent de 47,0 milliards en 2002 contre 286,6 milliards en 2001. Ce recul serait imputable à la dégradation des transactions courantes et la contraction du compte de capital et d'opérations financières. Il masque l'impact positif sur le commerce extérieur de l'amélioration des termes de l'échange estimée à 6,6 % au troisième trimestre, et tirée notamment par la remontée des prix du cacao en fève de 45 % et du cacao en produits transformés de 35 %.


En ce qui concerne la situation monétaire, elle devrait se caractériser d'une part, par une progression des avoirs extérieurs nets de 47,0milliards et d'autre part, par un repli de 0,3 % du crédit intérieur qui ressortirait à 1666,2 milliards.


Au total, la masse monétaire devrait progresser de 3,7 % par rapport à 2001 pour s'établir à 1913,4 milliards.


La conjoncture actuelle et les perspectives 2002-2003 :


La crise est profonde et a des répercussions aux plans national et sous régional. La rupture avec la situation de dépression économique amorcée en 2000, pourrait plus se réaliser. En effet, les performances économiques envisagées en début d'année avec la projection d'une croissance économique de 3 % doivent être révisées à la lumière des principales caractéristiques tels que la fermeture de certaines frontières terrestres, le ralentissement de l'activité des entreprises, le prolongement de la situation de crise.


Les conséquences de la crise pourraient être appréhendées à partir des déterminants et des hypothèses suivants :


Les déterminants :


Il s'agit essentiellement de :


- la faiblesse du taux d'exécution des investissements publics


Ce facteur défavorable a été observé avant le 19 septembre 2002. La demande intérieure a été affectée par le rythme assez faible d'exécution des investissements de l'Etat. La relance des investissements est pratiquement remise en cause par la crise actuelle que connaît le pays. Cette situation est aggravée d'une part, par les craintes et la prudence observée par le secteur privé qui se manifeste par le ralentissement des activités des entreprises et d'autre part, par la suspension des appuis financiers de certains bailleurs de fonds bilatéraux.


- la hausse du taux d'inflation


La particularité du climat socio-politique rend difficile les échanges commerciaux intérieurs. En outre, la désorganisation des circuits intérieurs et la fermeture des frontières terrestres avec les pays limitrophes accentuent les problèmes d'approvisionnement en produits alimentaires traditionnellement importés des pays sahéliens. Les répercussions sur les prix sont immédiatement ressenties sur les marchés.


- du reflux des échanges avec la sous région


La fermeture des frontières terrestres entraîne une désorganisation des circuits du commerce régional avec pour conséquences des effets négatifs sur le secteur tertiaire, notamment le commerce et les transports. En effet, toute la chaîne de transport composée, notamment de l'activité du Port d'Abidjan, des transports ferroviaire et routier ainsi que l'activité de transit, est affectée.


Par ailleurs, l'activité touristique est sérieusement affectée, comme en témoignent le ralentissement des activités de restauration aggravée par le contexte de couvre-feu, le faible taux d'occupation des hôtels et la forte réduction du nombre des passagers sur des vols aériens internationaux à destination d'Abidjan.


- la baisse des recettes fiscales et la redéfinition des priorités


Les performances des régies financières concrétisées par un meilleur recouvrement des recettes budgétaires au premier semestre 2002, pourraient s'inscrire en net retrait au dernier trimestre en rapport avec la perte de contrôle sur les zones occupées. En effet, l'activité économique connaîtrait un important repli au cours de cette période. Par ailleurs, la redéfinition des priorités en matière de dépenses publiques peut compromettre sérieusement les objectifs d'assainissement des finances publiques ainsi que l'efficacité des finances publiques.


La forte contraction de l'activité économique et les conséquences qui en découlent tant du point de vue de la mobilisation des recettes budgétaires que de leur affectation rendent particulièrement difficile l'amélioration du profil des critères de convergence.


Les hypothèses :


Les hypothèses suivantes ont été faites pour mieux apprécier l'évolution des fondamentaux de l'économie ivoirienne :

  • baisse des exportations de 2% en 2002 du fait de la suspension des échanges avec les pays. En 2003, il est supposé que ces trois pays sahéliens ont modifié en partie l'orientation géographique de leur commerce extérieur (ce qui conduit à une baisse en année pleine de 1,6% des exportations de la Côte d'Ivoire) ;
  • impact ex ante sur les prix de 1% en 2002 et également en 2003 du fait de l'effet d'acquis ;
  • baisse de la production cacaoyère de 40.000 tonnes en 2002 et 40.000 tonnes en 2003 ;
  • baisse en 2003, des financements extérieurs (aide projet, aide programme et dons) ne représentent plus que deux tiers des niveaux atteints en 2002 ;
  • perte de recettes fiscales de 20% au cours du quatrième trimestre (-60 milliards de Francs CFA).

Ce scénario qui est optimiste considère qu'un accord intervient avant la fin du premier trimestre 2003. La crise socio-politique a encore des conséquences au cours du premier semestre 2003 du fait de la remise en état de marche de l'appareil de production, de la reconstitution des circuits de distribution et de commercialisation habituels ainsi que le retour progressif de la confiance des investisseurs.


Les perspectives économiques 2002- 2003 :


Reflétant les effets des hypothèses sur l'activité économique et financière, la croissance économique serait de 0,0 % en 2002 contre une prévision initiale de 3 %.


La situation des finances publiques se dégraderait sensiblement. En effet, le déficit global triplerait en s'établissant à 2 % contre 0,6 % du PIB prévu initialement. Cette évolution proviendrait essentiellement du repli de 1,5 point du PIB des ressources de l'Etat. En effet, les recettes budgétaires pourraient se contracter de 1 point pour se situer à 18,4 % du PIB en rapport avec la contraction de la pression fiscale. En ce qui concerne les dépenses, elles demeureraient relativement élevées. Elles représenteraient 21 % du PIB contre 18,8 % en 2001 et une prévision initiale de 20,5 %.


En 2003, l'économie ivoirienne connaîtrait comme en 2000, une dépression, le taux de croissance du PIB étant projeté à -1,5 %.


Les opérations financières de l'Etat se solderaient par une aggravation des déficits budgétaires. Ainsi, le déficit du solde budgétaire global serait de 2,9 % du PIB et celui du déficit global hors dons de 3,4 % du PIB. Ces évolutions aggraveraient les problèmes de financement de l'économie de la Côte d'Ivoire, pays confronté à un endettement élevé et un important service de la dette.


La récession économique et la situation défavorable des finances publiques devraient avoir des répercussions sur la réalisation des valeurs de référence associées aux critères de convergence pour 2002 et 2003.


* * *


État de la convergence :


A la date du 05 décembre 2002, le programme pluriannuel de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité 2003-2005 n'a pas été transmis à la Commission. L'analyse de l'état de convergence est basée sur les simulations faites par la Commission suivant le scénario optimiste.


Situation de la convergence pour l'année 2002 et 2003


La situation de la convergence se présente comme suit :


Critères de premier rang :

  • Le solde budgétaire de base rapporté au PIB nominal s'établirait à 0,3 % en 2002 contre 1,4 % en 2001 et pour un objectif de 1,6 %. En 2003, il serait de 0,5 % pour un objectif de 2,2 %.
  • Le taux d'inflation annuel moyen serait de 3,0 % en 2002 contre 4,4 % en 2001. La norme communautaire de 3 % au maximum pourrait être respectée. La prévision d'août indiquait une inflation de 2,4 %.
  • L'encours de la dette publique totale rapporté au PIB nominal s'établirait à 107,0 % en 2002 pour un objectif de 104,3 %. En 2003, l'encours représenterait 101,2 % pour un objectif de 89,1 % du PIB.
  • Les arriérés de paiement :

- Le critère de non accumulation d'arriérés de paiement intérieurs sur la période courante serait respecté en 2002. En 2003, l'objectif de non accumulation risque d'être compromis.


- Le critère de non accumulation de nouveaux arriérés de paiement extérieurs sur la période courante : Ce critère serait respecté en 2002. L'important montant du rééchelonnement obtenu permettrait de desserrer la pression sur les paiements extérieurs. En 2003, l'objectif de non accumulation risque d'être compromis.


Critère de second rang :

  • Le ratio masse salariale sur recettes fiscales serait de 44,5 % en 2002 contre 41,4 % en 2001 % et un objectif de 41,4 %. En 2003, il serait de 46,0 % contre un objectif de 41,9 %.
  • Le ratio dépenses d'investissements financées sur ressources internes rapportées aux recettes fiscales s'établirait à 10,6 % en 2002 contre 7,2 % en 2001 et pour un objectif de 11,0 % retenu dans le programme pluriannuel. En 2003, il est projeté à 10,4 % pour un objectif de 11,8 %.
  • Le taux de pression fiscale ressortirait à 15,9 % en 2002 contre 16,8 % en 2001 et pour un objectif de 16,7 %. En 2003, il serait de 16,7 % pour un objectif de17,0 %
  • Le déficit extérieur courant hors dons sur le PIB nominal. Après avoir été excédentaire de 0,7 % en 2001, ce solde redeviendrait déficitaire. Le déficit serait de 1,5 % conformément à la prévision. L'amélioration des termes de l'échange d'environ 6,6 % impulsée par les cours favorables du cacao devrait justifier cette perspective. En 2003, comme par le passé, il ne devrait pas s'éloigner de la norme.

* * *


Conclusion et recommandations :


La situation de crise actuelle et l'absence de programme pluriannuel de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité pour la période 2003-2005, ne permettent pas d'avoir une bonne visibilité sur les perspectives économique et financière du pays, sur le moyen terme. Cette situation constitue un frein à la promotion des investissements et par conséquent à la relance effective de l'activité économique.


Pour replacer l'économie sur un sentier de convergence, les Autorités devront prendre des dispositions appropriées pour la restauration d'un climat de paix sociale indispensable à la poursuite du programme économique et financier conclu avec les institutions de Bretton Woods.


Source: Commission de l'UEMOA, décembre 2002



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