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Burundi: le porte-parole du président échappe à une tentative d'assassinat

Terça, 29 Novembro, 2016 - 08:11
© 2016 AFP
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Willy Nyamitwe, responsable de la communication du président burundais, le 13 février 2016 à Bujumbura | AFP/Archives |

Le responsable de la communication présidentielle du Burundi, Willy Nyamitwe, figure publique du pouvoir, a échappé lundi soir à une tentative d'assassinat, première du genre depuis des mois et signe que ce pays en crise reste extrêmement instable.

"Hier soir, vers 21H30, alors que Willy sortait d'une réunion à la présidence et rentrait chez lui, il a été accueilli par un feu nourri et des explosions de grenades au moment où il s'engageait sur la petite route qui mène chez lui" dans le quartier de Kajaga, dans l'ouest de Bujumbura, a assuré à l'AFP un haut cadre de la présidence.

M. Nyamitwe, un des hommes les plus influents du Burundi et proche conseiller du président Pierre Nkurunziza, a été légèrement blessé et soigné dans un hôpital de Bujumbura. "C'est un miracle, c'est Dieu qui l'a protégé".

Un autre cadre de la présidence a précisé que M. Nyamitwe avait été blessé au bras, et ajouté qu'un des gardes du corps du responsable avait été tué et un autre blessé.

La police assure que les assaillants étaient embusqués dans une maison en construction. Aucun d'entre eux n'a été arrêté.

"Je remercie ceux qui me souhaitent prompt rétablissement, je vais bien mais (je suis) attristé par le décès d'un meilleur ami, le policier Gasongo", a tweeté mardi Willy Nyamitwe.

Alain-Aimé Nyamitwe, frère de Willy et ministre des Relations extérieures, a dénoncé sur Twitter "une nouvelle vaine tentative de perturber les institutions républicaines". La police était sur la piste du commando chargé de tuer Willy Nyamitwe et avait arrêté deux militaires, le colonel Dieudonné Dushimagize, alias Gangi, et le caporal Jean-Claude Nduwimana, avant la tentative d'assassinat, sans pouvoir l'empêcher, a indiqué son porte-parole, Pierre Nkurikiye.

Le caporal Nduwimana a avoué qu'ils avaient "la mission d'assassiner" M. Nyamitwe et que les "commanditaires", dont un officier rwandais et des Burundais, se trouvent à Kigali, a-t-il affirmé.

Les relations sont délétères entre le Burundi et le Rwanda. Bujumbura accuse son voisin du Nord d'entraîner sur son sol des réfugiés burundais pour déstabiliser le régime du président Nkurunziza, ce que Kigali nie.

La délégation de l'Union européenne au Burundi considère que l'attentat "commis hier (...) est inadmissible. Il reflète un climat de violence au Burundi caractérisé par de nombreux meurtres et disparitions forcées".

Pour sa part, le mouvement d'opposition Cnared estime que "tous les actes de violence sont inacceptables. La place de Willy Nyamitwe se trouve en prison pour des milliers de crimes dont il s'est rendu complice depuis avril 2015, mais pas au cimetière. Cette tentative d'assassinat étant une illustration du climat de violence et de terreur qui est devenu le quotidien des citoyens burundais depuis avril 2015, la communauté internationale doit plus que jamais s'engager à aider le peuple burundais à trouver une solution durable à la crise burundaise avant qu'il ne soit trop tard".

- Isolement croissant -

Le Burundi est plongé dans une grave crise depuis que le président Pierre Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat controversé, qu'il a obtenu en juillet de la même année au terme d'une élection boycottée par l'opposition.

Les violences, qui ont fait plus de 500 morts et poussé plus de 300.000 personnes hors du pays, ont été marquées par des assassinats de personnalités de haut rang.

En avril, le ministre chargé des droits de l'Homme, Martin Nivyabandi, et son épouse avaient été légèrement blessés dans une attaque à la grenade.

Le général Adolphe Nshimirimana, homme-clé de l'appareil sécuritaire et considéré comme le bras droit du président Nkurunziza avant son assassinat le 2 août 2015, est le principal responsable du régime à avoir été tué.

Mais la tentative d'assassinat de M. Nyamitwe est la première depuis plusieurs mois visant un haut responsable burundais. Sur les réseaux sociaux, soutiens au pouvoir et opposants se sont rejeté la responsabilité de l'attaque.

Un rapport de l'ONU publié le 20 septembre accuse le gouvernement burundais d'être responsable de graves violations des droits et a mis en garde contre de possibles "crimes contre l'humanité" et un "grand danger de génocide".

Samedi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à l'appel du pouvoir burundais à Bujumbura, contre une commission d'enquête de l'ONU. De nombreux tweets de l'opposition ont dénoncé le caractère selon elle obligatoire de la manifestation.

Un rapport récent de la FIDH a par ailleurs noté la radicalisation et l'isolement croissant du régime, qui coupe les ponts avec la communauté internationale: en octobre, Bujumbura, vivement critiqué par l'ONU, a rompu toute coopération et surtout a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale.