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Zimbabwe: un leader de la contestation anti-Mugabe arrêté

星期二, 12 七月, 2016 - 10:24
© 2016 AFP
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Evan Mawarire, le 19 mai 2016 à Harare | AFP/Archives | Jekesai Njikizana

Le pasteur Evan Mawarire, l'un des leaders du mouvement citoyen de contestation contre le président zimbabwéen Robert Mugabe, a été arrêté et inculpé mardi pour incitation à la violence publique, à la veille de nouvelles grèves fomentées selon le régime par l'Occident.

La semaine dernière, une grève générale - rare dans ce pays contrôlé d'une main de fer par Robert Mugabe depuis 1980 - avait provoqué la fermeture de commerces, d'écoles, de tribunaux et perturbé les transports en commun.

A l'origine de cette grève, un vaste mouvement citoyen très actif sur les réseaux sociaux, alors que l'opposition zimbabwéenne apparaît divisée et amorphe.

Ce mouvement a appelé à une nouvelle grève mercredi et jeudi, alors que la population ressent une frustration croissante contre le président Mugabe, 92 ans et plus vieux chef de l'Etat en exercice dans le monde.

Le Zimbabwe est embourbé depuis les années 2000 dans une terrible crise économique. Environ 90% de la population active n'a pas d'emploi formel. Les banques et l'Etat manquent de liquidités, ce qui a provoqué un retard dans le paiement des fonctionnaires en juin.

Dans ce contexte délétère, l'une des figures du mouvement de contestation, le pasteur Evan Mawarire, "a été arrêté et inculpé d'incitation à la violence publique" mardi, a déclaré à l'AFP son avocat Harrison Nkomo. "La police a fouillé sa maison et son bureau", a-t-il ajouté.

Quelques heures plus tôt, Evan Mawarire s'était rendu de son proche chef à la police qui l'avait convoqué. Selon l'un de ses assistants, il brandissait une Bible et un drapeau zimbabwéen, en référence au mouvement de contestation qu'il a lancé sur internet il y a quelques mois #ThisFlag (CeDrapeau).

Ce hashtag est depuis devenu un symbole du ralliement citoyen contre le régime Mugabe.

La police a refusé mardi de confirmer l'arrestation du pasteur. Mais l'Association zimbabwéenne des droits de l'Homme a qualifié cette interpellation d'"inquiétante".

"Mawarire n'a rien fait de mal. (...) Il appelle simplement le gouvernement à abandonner des politiques qui ne servent pas les intérêts du peuple de ce pays. Il est dans son droit de protester", a déclaré à l'AFP le président de l'association, Okay Machisa.

Selon le mandat de perquisition de la police consulté par l'AFP, Evan Mawarire "serait en possession d'un casque de police volé, d'une matraque et d'autres objets subversifs qu'il a utilisés pour inciter à la violence notamment le 6 juillet et qu'il comptait utiliser le 13 juillet".

Le pasteur baptiste de 39 ans s'est récemment fait un nom en postant, en avril sur internet, une vidéo où il s'en prenait à l'incurie du gouvernement Mugabe.

- Mise en garde contre les grévistes -

Avant son arrestation mardi, il avait appelé, dans un nouveau message vidéo, à poursuivre le mouvement. "Nous continuons mercredi 13 et jeudi 14 juillet. Nous optons pour des fermetures parce que c'est tout ce que nous pouvons faire pour que le gouvernement nous écoute", avait-il expliqué.

Mardi, le ministre de l'Intérieur Ignatius Chombo a averti "les instigateurs de ces manifestations qu'ils tomberont sous le coup de la loi" et appelé "le public à cesser de participer à des manifestations illégales".

Il a ensuite repris la rhétorique du gouvernement zimbabwéen à l'adresse des puissances occidentales, accusées de fomenter la contestation: il a affirmé disposer de "preuves de l'implication d'ambassades hostiles dans les récentes tentatives de paralysie du pays".

Le mouvement citoyen "ne peut être qualifié de +Printemps zimbabwéen+ mais (...) il commence à monter en puissance", a commenté Charles Laurie, analyste chez Verisk Maplecroft spécialisé dans l'évaluation des risques.

"En l'absence de partis d'opposition cohérents, le nouvel adversaire politique" du régime "a émergé d'un mouvement très actif sur les médias sociaux", a-t-il relevé.

"Les électeurs zimbabwéens peuvent se retrouver unis afin d'entrer dans l'ère post-Mugabe, mais une transition politique réussie nécessitera une direction claire et unie", a-t-il cependant souligné.

De son côté, le président Mugabe, qui continue en dépit de son âge à prononcer de longs discours et à se déplacer sans aide, a prévu de se présenter à la présidentielle en 2018. Il aura alors 94 ans.