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Tunisie: le mouvement islamiste Ennahda acte sa mue en "parti civil"

星期日, 22 五月, 2016 - 15:17
© 2016 AFP
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Les députés du parti islamiste Ennahda le 4 février 2015 au parlement à Tunis | AFP/Archives | FETHI BELAID

Le mouvement islamiste tunisien Ennahda a voté dimanche la séparation entre ses activités politiques et religieuses, avec l'objectif affiché de s'adapter à l'évolution du seul pays rescapé du "Printemps arabe".

"Nous nous dirigeons de manière sérieuse, cela a été adopté aujourd'hui, vers un parti politique, national, civil à référent islamique, qui œuvre dans le cadre de la Constitution du pays et s'inspire des valeurs de l'islam et de la modernité", a déclaré à la presse Rached Ghannouchi, le président et leader historique d'Ennahda, première force au Parlement tunisien.

Très commentée en Tunisie, cette évolution en gestation depuis quelques années a été officialisée au cours du dixième congrès du parti à Hammamet, à une soixantaine de km au sud de Tunis. Elle est présentée par les responsables d'Ennahda comme le résultat de l'expérience du pouvoir et du passage de la Tunisie de la dictature à la démocratie suite à la révolution de 2011.

"La Constitution du pays a stipulé l'indépendance des organisations de la société civile des partis. Nous répondons donc à une évolution interne du pays", a dit M. Ghannouchi, qui devrait sauf surprise être réélu président du parti dans la soirée.

Réprimé sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, Ennahda avait été le grand vainqueur des premières élections de l'après-révolution en 2011. Mais après deux années mouvementées au pouvoir, il avait dû se résoudre à céder la place sur fond de crise politique majeure.

Battu lors des législatives de fin 2014 par le parti Nidaa Tounès de l'actuel président Béji Caïd Essesbi, Ennahda demeure un poids lourd de la politique tunisienne, même si sa décision de sceller une alliance gouvernementale avec ses adversaires de Nidaa a suscité la controverse en interne.

- 'Construction' -

"Nous n'avons plus besoin d'un islam politique protestataire (qui soit) dans la confrontation avec l'Etat. Nous sommes maintenant dans l'étape de la construction" et Ennahda veut répondre "aux préoccupations des Tunisiens sur le plan politique, économique, social et de développement", a renchéri auprès de l'AFP Rafik Abdessalem, ancien ministre des Affaires étrangères et gendre de M. Ghannouchi.

Cette mue semble épouser l'avis d'une grande partie de la population puisque près de 73% des Tunisiens seraient favorables à "la séparation entre la religion et la politique" selon un récent sondage réalisé par l'institut tunisien Sigma, en collaboration avec l'Observatoire arabe des religions et des libertés et la Fondation Konrad-Adenauer.

Cette évolution est très suivie par les autres partis et les médias, qui s'interrogent sur sa réelle portée et sur son impact politique.

Ennahda entend-il "démocratiser l'islam ou islamiser la démocratie?" s'est demandé le quotidien La Presse, tandis que la députée Bochra Belhaj Hamida, qui a démissionné de Nidaa Tounès notamment en raison du manque de "clarté" sur la relation avec Ennahda, a dit attendre des preuves de ce changement.

"Au niveau des déclarations, c'est rassurant, mais ce n'est pas suffisant. Il faut que le parti prouve dans son discours politique de tous les jours et dans ses relations avec les associations" qu'il dit vrai, a-t-elle dit à l'AFP.

- Entente -

A Hammamet, les quelque 1.200 congressistes ont débattu, jusque tard dans la nuit de samedi puis dimanche, des différentes priorités de la stratégie du parti sur les plans politique, économique et social.

Celle concernant la séparation entre la prédication et la politique a été votée à plus de 80%, a indiqué à l'AFP le porte-parole du congrès, Oussama Sghaier.

Le règlement intérieur du parti a lui été adopté dimanche en fin de journée, d'après la députée Sayida Ounissi.

Le congrès doit encore élire le président d'Ennahda et une partie du Conseil de la Choura, la plus haute instance du parti. Huit candidats ont été proposés pour la présidence du parti "en attendant peut-être des retraits", a indiqué à la presse Abdelkrim Harouni, un responsable d'Ennahda.

Parmi eux figurent Rached Ghannouchi, Abdelfattah Mourou, un autre co-fondateur du mouvement, et le vice-président d'Ennahda Abdelhamid Jlassi.

Le congrès s'était ouvert vendredi à Radès, dans la banlieue sud de Tunis, en présence de plusieurs milliers de personnes dont celle, remarquée, du président Caïd Essebsi.

Ce dernier avait pourtant mené, avec son mouvement Nidaa Tounès, une virulente campagne contre les islamistes, les taxant d'obscurantisme et de laxisme avec la mouvance jihadiste lorsqu'ils étaient au pouvoir.

Mais aujourd'hui MM. Ghannouchi et Caïd Essebsi aiment à afficher leur entente, au grand dam d'une partie de leurs bases respectives.