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Le bilan économique de la dévaluation

Le bilan économique de la dévaluation
 
Pour l'ensemble de la Zone franc, les résultats de la dévaluation, en termes d'inflation et de croissance de l'activité, ont été assez proches des prévisions initiales.
 
S'il est vrai que la dévaluation est intervenue dans un environnement international favorable caractérisé par la reprise de l'activité dans les principaux pays industrialisés et la hausse des cours des produits de base, à l'exception du pétrole, les cinq années qui ont suivi la dévaluation (1994 à 1998) permettent de dresser un bilan économique et financier positif pour les pays africains de la Zone franc.
 
La croissance du PIB en termes réels, négative dans les années précédant la dévaluation, a subi une inflexion dès 1994 :
 
Pour la zone UEMOA ( Afrique de l'Ouest), le taux de croissance réelle du PIB est passé de 2,6 % en 1994, puis à 5,5 % en 1995, 5,9% en 1996, et 4,9% en 1997 et 1998. Les prévisions pour 1999 le situent à 6,2%
 
Valeurs en milliards de FCFA, sauf indications contraires
PRODUCTION UEMOA
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
PIB nominal
12090,5
13344,3
14699,2
15960,8
16612,7
17131,7
18264,4
PIB en volume
(prix constant 85)
8323,6
8811,3
9426,4
9876,0
10196,9
10417,5
10793
Taux de croissance du PIB en volume
5,5%
5,9%
6,1%
4,9%
3,2%
2,2%
3,6%

Pour la zone CEMAC(Afrique Centrale), ce taux est passé de 1 % en 1994 à 4,2 % en 1995, 4,5 % en 1996, 5,2 % en 1997, et 4,6% en 1998.

Valeurs en milliards de FCFA, sauf indications contraires
PRODUCTION CEMAC
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
PIB nominal
8291,9 9253,8 10536,8 11512,4 11270 12414,5 14766,8
Taux de croissance
(PIB réel)
1,1% 4,2% 4,5% 5,2% 4,6% -0,2% 4%
Sur le plan budgétaire, des progrès notables ont été enregistrés. Les recettes courantes se sont nettement accrues, en raison de la reprise de la croissance économique, de l'élargissement de l'assiette fiscale et de la plus grande efficacité du recouvrement de l'impôt. Parallèlement, les dépenses courantes, en particulier les dépenses salariales qui représentent la part la plus importante des dépenses, ont été dans l'ensemble bien maîtrisées de sorte que l'excédent primaire s'est accru dans les deux zones d'émission. Les efforts d'assainissement des finances publiques doivent être poursuivis afin de relancer les investissements publics nécessaires à une relance durable de la croissance économique.
 
Peu après le choc de la dévaluation, l'inflation a rapidement retrouvé des valeurs satisfaisantes:
 
  • Pour l'UEMOA, après les 35 % de 1994, le taux d'inflation en moyenne annuelle est tombé à 6,7 % en 1995 puis à 3,9 % en 1996. Cette valeur n'est pas dépassée depuis (3 % en 2000).
  • Pour la CEMAC, l'inflation en moyenne annuelle est passée de 12,1 % en 1995 à 1,4 % en 2000.
Les taux d'intérêts directeurs des Banques centrales sont également orientés à la baisse, passant pour la période sous revue de 14 % à 7,5 % pour la zone BEAC et de 8 % à 5 % pour la zone BCEAO.
 
Les taux de pension et les taux d'escompte ont suivi la même évolution. Les taux pratiqués par les banques primaires des pays sont également orientés à la baisse: pour la BCEAO, depuis le 1er janvier 1999: taux d’escompte = 5,75% ; taux de pension = 5,25%.
 
L'épargne intérieure est également en progrès :
 
  • Pour la zone UEMOA, elle se mesurait à 6,2 % du PIB en 1993 et à 14, 9 % en 1996.
  • Pour la zone CEMAC, elle représentait 11,1 % en 1993, 13,7 % en 1994 et 16,4 % du PIB en 1995 et 1996.
Les exportations ont connu une croissance plus forte que les importations, dégageant un excédent de la balance commerciale.
 
  • Pour la zone UEMOA, on est passé d'un déficit commercial de 84 milliards de F. CFA en 1993 à un excédent estimé à 565 milliards de F. CFA en 2000. La balance des paiements reste déficitaire de 90 milliards de F. CFA en 2000. 
  • Pour la zone CEMAC, les excédents de la balance commerciale représentent aujourd'hui 17 à 20 % du PIB compte tenu de l'importance de ses exportations pétrolières. Les transactions courantes et la balance des paiements restent toutefois déficitaires principalement par les transferts de revenus du capital.
La dette extérieure des pays de la Zone Franc, jusqu'en 1995 et après les efforts considérables consentis notamment par la France (annulation en 1989 des dettes au titre de l'aide publique au développement aux 35 pays les plus pauvres, puis une nouvelle annulation en 1994 pour les pays de la Zone Franc, en accompagnement du réajustement monétaire), continuait à peser très lourdement sur les finances publiques et sur l'économie.
 
Son encours représentait pour la zone UEMOA, 1,5 année de PIB et 3,7 années d'exportations de biens et services.
 
Pour la zone CEMAC, les chiffres correspondants étaient de 1,4 et 3 années.
 
De nouvelles initiatives ont été prises par la Communauté internationale : le traitement de Naples (pour la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso), mis en oeuvre en 1995, et l'initiative sur la dette des pays pauvres fortement endettés lancée au Sommet de Lyon. Cet effort qui concerne la quasi totalité des pays de la Zone Franc permet d'espérer que les résultats constatés ces dernières années continueront à l'avenir d'être bons.
 
A ce tableau général positif, ne correspond pas un niveau d'investissement suffisant, notamment dans le secteur productif. Le taux d'investissement global moyen depuis la dévaluation s'établit à 15,8 % dans la zone UEMOA où il n'est passé que de 13,5 % en 1993 à 16,8 % en 1996. Le même constat peut être fait pour la zone CEMAC où ce taux est quasiment stable à 20 % et principalement constitué des investissements dans le secteur pétrolier.
 
En définitive, les résultats de la dévaluation peuvent être considérés comme largement positifs.
 
Elle aura permis de :
 
  • redynamiser l'activité économique
  • redonner à l'économie une certaine flexibilité, à travers notamment les programmes de privatisation
  • enclencher un processus d'assainissement des finances publiques qui devrait soutenir la croissance économique à moyen terme
  • donner un souffle nouveau à l'intégration régionale par l'accroissement des échanges intra-régionaux et la mise en oeuvre de l'harmonisation fiscale et douanière
Enfin, la dévaluation a accéléré la prise de conscience de la nécessité de renforcer la convergence macro-économique des zones d'émission, condition de la solidité du franc CFA .
 
Elle a aussi, et surtout, permis de donner un élan décisif à l'intégration régionale considérée par tous les Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays de la Zone comme la seule voie de salut permettant de créer un marché d'importance (plus de 60 millions d'habitants pour l'Afrique de l'Ouest, plus de 26 millions pour l'Afrique Centrale) et un environnement simple, transparent, non discriminatoire et sécurisant pour le développement des entreprises privées.
 
Source : Synthèse réalisée, principalement sur documents de la Banque de France, par Coopération et francophonie