Vous êtes ici

Répression au Zimbabwe: l'internet de nouveau coupé, le pasteur Mawarire au tribunal

Vendredi, 18 Janvier, 2019 - 15:00
© 2019 AFP
Zimbabwe-internet-politique-gouvernement
Le pasteur Evan Mawarire, un opposant au régime zimbabweén, à son arrivée devant un tribunal de Harare, le 18 janvier 2019. | AFP | Jekesai NJIKIZANA

Le régime zimbabwéen a continué vendredi à lutter contre la fronde provoquée par l'augmentation des prix des carburants en coupant de nouveau l'internet, un outil d'"incitation à la violence", selon les autorités, qui a valu à l'opposant Evan Mawarire une autre comparution au tribunal.

Mardi déjà, le gouvernement avait bloqué l'accès à internet, avant de le rétablir partiellement mercredi soir. Mais vendredi, les connexions ont été à nouveau interrompues.

Dans un long texto envoyé à ses clients, le principal opérateur téléphonique du pays, Econet, a expliqué avoir reçu "ordre de bloquer totalement l'accès à l'internet jusqu'à nouvel ordre".

"Nous présentons nos sincères excuses pour les désagréments causés par des décisions du gouvernement sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle", a ajouté l'entreprise, précisant avoir saisi la justice.

L'ordre intervient alors que la vie reprenait ses droits vendredi après plusieurs jours de paralysie causée par une grève générale, des manifestations violentes et une répression brutale du régime.

Le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a jugé "inquiétante" vendredi la décision de bloquer une nouvelle fois l'internet.

Elle "pourrait signifier que le duo" composé par le président Emmerson Mnangagwa et son vice-président Constantin Chiwenga, général à la retraite, "planifie d'autres violations des droits de l'Homme en profitant de la coupure des communications", a mis en garde le MDC.

La colère a éclaté lundi au Zimbabwe après l'annonce du doublement des prix des carburants, une goutte d'eau qui a fait déborder le vase dans un pays à l'économie exsangue.

- Passages à tabac -

Lors de son arrivée au pouvoir fin 2017 après la chute du président Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa s'était pourtant engagé à relancer l'économie après deux décennies de crise. Mais la population a très vite déchanté.

La crise s'est aggravée ces derniers mois: les entreprises, les particuliers et l'Etat manquent cruellement de liquidités et les Zimbabwéens subissent des pénuries de denrées alimentaires et de médicaments.

Lors des violences de ce début de semaine, trois personnes ont été tuées, selon la police. Mais les ONG de défense des droits de l'Homme avancent un bilan plus élevé, allant jusqu'à 16 morts.

Les témoignages recueillis par l'AFP font aussi état de nombreux passages à tabac et d'arrestations arbitraires.

Fermés pendant les troubles, les magasins ont commencé à rouvrir dans les grandes villes du pays, ont constaté des journalistes de l'AFP.

A Bulawayo (sud), fief de l'opposition, de longues files d'attente se sont formées devant les supermarchés, gardés par des policiers et des soldats. Les clients attendaient patiemment pour se ravitailler en produits de première nécessité.

La ministre de l'Information Monica Mutsvangwa a annoncé qu'une loi sur la cybersécurité serait prochainement présentée au Parlement. Elle vise à faire en sorte de "l'internet (...) soit utilisé pour le bien de la société et non pas pour violer la sécurité nationale", a-t-elle expliqué.

Le pasteur contestataire Evan Mawarire, arrêté mercredi est précisément poursuivi pour "'incitation à la violence" via les réseaux sociaux et pour "subversion". Il encourt jusqu'à 20 ans de prison.

- "Tactiques" de Mugabe -

Il a de nouveau comparu vendredi devant un tribunal d'Harare, qui devait se prononcer sur son éventuelle libération conditionnelle.

Selon le journal d'Etat The Herald, un homme de 27 ans a été condamné à Chivhu (centre) à cinq ans de prison pour "avoir entravé et mis en danger les mouvements" de la population lors "des attaques terroristes organisées par l'opposition lundi".

La riposte des autorités à la contestation a suscité des condamnations de la communauté internationale.

L'ONU a dénoncé un "usage excessif de la force" et demandé la libération immédiate des personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la liberté de réunion.

Elle a également appelé Harare "à trouver des moyens d'engager le dialogue avec la population au sujet de ses griefs légitimes".

Pour l'analyste Charles Laurie, du cabinet Verisk Maplecroft, "tirer sur des manifestants non armés, kidnapper des opposants politiques et inculper de trahison des responsables de l'opposition sont des tactiques copiées mot pour mot" sur le régime Mugabe.

"Les décisions inconstantes d'un gouvernement préoccupé par sa survie politique laissent présager des jours difficiles pour l'économie" du Zimbabwe, a-t-il estimé.