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L’éducation, à la base du développement énergétique de l’Afrique

Lundi 07 octobre 2019

La jeune organisation « Energy Generation », portée par une ambition panafricaine, a la conviction que la jeunesse de ce continent peut, en une génération, relever le défi de l’accès à l’énergie, grâce à des solutions « Made in Africa ». Soutenue par des groupes industriels internationaux et des institutions publiques, elle considère que la formation – théorique et pratique – est la clé du succès. Sa présidente fondatrice Astria Fataki explique son approche du développement énergétique africain, par et pour la jeunesse africaine.

Former des jeunes, quel que soit leur niveau initial, pour leur apprendre à monter un projet, créer une entreprise et maîtriser des technologies innovantes, en associant la théorie à la pratique, me paraît être la clé de la transition énergétique en Afrique.

Cette conviction, je l’ai acquise très jeune, à l’occasion d’une mission de volontariat en Inde. Indignée par les inégalités dans le monde, je voulais agir. J’ai visité un village qui venait de recevoir un programme d’électrification rurale, « Lighting a Billion Lives », consistant en l’installation de kiosques solaires pour recharger des lampes et des téléphones portables.

Même un programme aussi simple avait changé la vie des villageois. Ils pouvaient travailler plus tard le soir, les femmes pouvaient sortir avec un sentiment de sécurité, les accouchements se faisaient dans de meilleures conditions. En Occident, nous n’en avons pas conscience. L’électricité, c’est immédiat, permanent, il suffit d’appuyer sur un bouton… Mais ailleurs c’est une aspiration vitale.

De retour de mission, j’ai cherché à dupliquer ce modèle en direction de l’Afrique avec l’aide de camarades de classe de Master. Nous avons commencé par installer des kiosques solaires dans sept villages au Congo-Brazzaville et au Mali. Mais nous avons fait face à plusieurs défis dus majoritairement au fait que le matériel était importé, qu’il fallait faire venir des personnes de France et d’Inde pour certaines expertises, que la maintenance sur le long terme posait problème. En Inde, il y avait déjà une appropriation générale de cette technologie, beaucoup de produits et de pièces de rechanges étaient disponibles sur place. En Afrique, il n’y a pas la même densité de ressources matérielles et humaines. C’est ainsi que j’ai pris conscience que parvenir à des solutions « Made in Africa » était absolument indispensable pour gagner en efficacité et réduire les surcoûts et les délais qu’imposent les solutions entièrement extérieures.

Dans le même temps, j’ai remarqué que beaucoup de jeunes africains avaient des idées très innovantes pour résoudre les problèmes d’accès à l’énergie, et trouvaient des solutions simples et pratiques car ils étaient confrontés à ce défi au quotidien. Les médias en parlaient souvent, mais après quelques semaines de buzz, le projet s’enlisait, souvent faute de soutien et d’accompagnement.

La théorie et la pratique

J’ai donc réfléchi à un modèle pour faire passer ces inventeurs en herbe, souvent jeunes et peu formés dans ce domaine, à un statut d’entrepreneur en les faisant repasser par la case éducation, avec une formation 50 % théorique, 50 % pratique au sein de la « Energy Generation Academy », fondée à cet effet en octobre 2016.

Depuis 2016, nous avons formé 14 jeunes de 12 nationalités qui ont développé des prototypes fonctionnels et impressionnants d’ingéniosité. Sur le principe de l’innovation frugale, ils ont travaillé sur des technologies aussi diverses que le solaire, l’éolien, la biomasse, l’hydrogène ou encore la pyrolyse -procédé permettant de transformer les déchets plastiques en carburant.

Aujourd’hui nous proposons deux types de formations en parallèle : un « parcours entrepreneurial » et un « parcours technique ».

Le parcours entrepreneurial a vocation à former des entrepreneurs et des jeunes cadres dans les métiers de l’énergie. Il consiste en une formation de 2 ans durant laquelle ils passent de l’idée à un projet concret en développant un prototype fonctionnel et un modèle économique. À l’issue de la formation, ils disposent d’un « Minimum Viable Product » leur permettant de débuter une aventure entrepreneuriale dans les meilleures conditions.

Le parcours technique a quant à lui vocation à former des techniciens dans les métiers de l’énergie, notamment l’installation et la maintenance de systèmes énergétiques. Aujourd’hui nous formons des techniciens solaires, mais visons d’autres technologies telles que l’éolien, la biomasse ou encore l’hydrogène.

Nous comptons étendre ce modèle dans une vingtaine de pays d’Afrique au cours des cinq prochaines années, en commençant en 2019 – en plus du Togo – par le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigeria.

À travers cette double approche, entrepreneuriale et technologique, théorique et pratique, nous travaillons au quotidien à libérer pleinement le potentiel créatif de la jeunesse africaine.

Franco-Congolaise de 28 ans, Astria Fataki est une entrepreneure passionnée par le développement énergétique de l’Afrique. Au niveau macro-économique, depuis 2013, elle œuvre en tant que consultante au développement de projets en partenariat public-privé pour la construction de centrales solaires photovoltaïques. Au niveau micro-économique, en 2016, elle a fondé l’organisation panafricaine « Energy Generation », dont l’objectif est de développer les initiatives entrepreneuriales des jeunes africains dans le secteur de l’énergie. Astria est titulaire d’un Master en management public international de Sciences Po Paris.

Astria Fataki
planete-energies

Source: ecodafrik