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L'accord de paix au Soudan du Sud accueilli avec prudence et un enthousiasme limité

Mardi, 25 Août, 2015 - 17:43
© 2015 AFP
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Le président du Soudan du Sud Salva Kiir debout alors que se joue l'hymne national de son pays avant la signature d'un accord de paix à Juba au Soudan du Sud, le 26 août 2015 | AFP | Samir Bol

La signature par le président Salva Kiir d'un accord devant mettre fin à 20 mois de guerre civile au Soudan du Sud a été accueillie jeudi avec prudence, diplomates et ONG rappelant que le plus dur restait à faire: mettre en œuvre le texte sur lequel M. Kiir a émis de "sérieuses réserves".

Tout en saluant dans cet accord "un pas essentiel dans les efforts visant à mettre fin au conflit", la présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, a exhorté jeudi les belligérants à "se conformer scrupuleusement à ses dispositions et à les appliquer avec sincérité".

Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, à la tête d'une rébellion depuis décembre 2013, ont signé par le passé une longue série de cessez-le-feu, violés aussitôt paraphés.

La réticence manifeste de M. Kiir à signer mercredi ce qu'il a appelé dans son discours une "paix imposée", qualifiant "d'intimidations" les menaces de sanctions, ainsi que les 12 pages de "sérieuses réserves" remises aux médiateurs, ont achevé d'éteindre un enthousiasme déjà limité.

"La paix que nous signons aujourd'hui contient tellement de choses que nous devons rejeter. (...) Ignorer de telles réserves ne serait pas dans l'intérêt d'une paix juste et durable", a lancé M. Kiir avant de signer le document, qui prévoit notamment un mécanisme de partage du pouvoir avec la rébellion et une démilitarisation de Juba, actuellement contrôlée par les forces loyales à M. Kiir.

Washington, parrain de l'indépendance du Soudan du Sud, a immédiatement fait savoir que "les États-Unis et la communauté internationale ne reconnaissent aucune réserve ou ajout à ce document".

Le 17 août à Addis Abeba, à l'expiration d'un ultimatum de la communauté internationale, excédée par les atermoiements et l'apparente mauvaise foi des deux parties durant 19 mois de négociations stériles, M. Kiir avait, à la différence de M. Machar, refusé de signer l'accord et obtenu des médiateurs est-africains un délai de 15 jours - jusqu'au 1er septembre - pour mener des "consultations".

Mercredi soir, le Conseil de sécurité, qui avait initialement menacé d'agir "immédiatement" si M. Kiir ne ratifiait pas l'accord dans son ensemble, a laissé au président sud-soudanais jusqu'à cette date pour lever ses réserves sur l'accord, sous peine de sanctions.

"Il a jusqu'au 1er septembre, il a une marge de manœuvre", a indiqué la présidente en exercice du Conseil, l'ambassadrice du Nigeria, Joy Ogwu.

- Agences humanitaires prudentes -

Les États-Unis ont déposé au Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution prévoyant un embargo sur les armes et des sanctions ciblées - interdictions de voyager et gel d'avoirs - contre ceux faisant obstacle à la paix dans le plus jeune pays du monde, indépendant depuis juillet 2011.

En plus d'avoir fait des dizaines de milliers de morts, le conflit, marqué par des massacres ethniques et atrocités contre les civils, a plongé le pays - l'un des moins développés au monde, ravagé par des décennies de guerre contre Khartoum pour son indépendance - dans une grave crise humanitaire. Plus de 2,2 millions de personnes ont été chassées de chez elles, et 70% des 12 millions d'habitants ont besoin d'aide pour survivre.

Très prudentes et échaudées par les précédents cessez-le-feu restés lettre morte, les principales agences humanitaires présentes au Soudan du Sud ont souligné dans un communiqué que l'accord de paix "n'était que le début d'un long et difficile chemin vers la paix et la réconciliation".

"L'importance de cet accord de paix ne sera appréciée que par la façon dont il est appliqué sur le terrain", a souligné Ronald-Paul Veilleux, directeur pays de l'International Rescue Commitee (IRC) dans ce texte. La signature de l'accord "est une bonne nouvelle, mais les Sud-Soudanais ont besoin de plus que des mots", a réagi John Hoare, son homologue de CARE.

Alors que l'accord prévoit qu'un "cessez-le-feu permanent" entre en vigueur d'ici à samedi soir, les camps Kiir et Machar s'étaient une nouvelle fois accusés mutuellement mercredi d'avoir lancé de nouvelles offensives.