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Elections européennes: première poussée des populistes attendue aux Pays-Bas

Jeudi, 23 Mai, 2019 - 02:00
© 2019 AFP
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(ARCHIVES) Le populiste néerlandais Thierry Baudet du Forum pour la démocratie (FvD) le 21 mars 2019. | ANP/AFP/Archives | Bart Maat

La poussée des populistes attendue à travers le continent lors des élections européennes pourrait être amorcée dès jeudi aux Pays-Bas, où Thierry Baudet, jeune député eurosceptique, anti-immigration et climatosceptique, est en passe de sortir vainqueur du scrutin.

Son parti, Forum pour la démocratie (FvD), caracole en tête des sondages, engagé dans un mano à mano avec les libéraux (VVD) du Premier ministre Mark Rutte, qui a appelé à un large rassemblement des électeurs pour faire bloc face aux populistes.

Les bureaux de vote ouvriront à 07H30 (05H30 GMT) aux Pays-Bas, premiers avec le Royaume-Uni à se rendre aux urnes pour désigner leurs représentants au Parlement européen lors du scrutin qui se déroule dans les quatre coins de l'UE du 23 au 26 juin.

Thierry Baudet, d'origine franco-indonésienne, et Mark Rutte ont débattu mercredi soir en direct à la télévision, un duel organisé à la demande du Premier ministre, inquiet par la popularité grandissante du télégénique docteur en droit.

"L'UE est devenue un super-État et c'est justement le genre de chose que nous voulons arrêter", a déclaré plus tôt cette semaine M. Baudet, qui surfe sur la vague populiste qui a transformé la scène politique à travers l'Europe ces dernières années.

- "Déclin de l'Europe" -

Il a récemment été sous le feu des critiques pour des propos tenus contre l'avortement et sur les femmes occidentales, qui sont selon lui à l'origine du "déclin démographique de l'Europe" à cause de leur envie de travailler. Mais rien ne semble entraver sa popularité.

Le succès attendu du FvD, contre l'euro et farouchement opposé à une politique d'immigration européenne commune, est une indication de ce qui pourrait se passer à travers le continent, observent les analystes.

"Ce qui se passe aux Pays-Bas se passe aussi ailleurs en Europe", à l'image des récentes performances des populistes en Italie, Hongrie ou encore en Espagne, note Claes de Vreese, professeur de communication politique à l'Université d'Amsterdam.

Le FvD, qui n'a que deux ans, est climatosceptique et milite pour un référendum sur un "Nexit" - une sortie des Pays-Bas de l'UE. M. Baudet est par ailleurs partisan d'une "Europe boréale", idéologie vantée par Jean-Marie Le Pen et qui prône une fermeture du Vieux-continent aux populations extérieures.

Fervent lecteur des ouvrages de Michel Houellebecq et adepte de discours lyriques truffés de références classiques, M. Baudet, connu pour ses propos controversés sur l'immigration, les femmes ou la transition écologique, a le vent en poupe et s'apprête à remporter un large succès.

En mars déjà, l'entrée en force du FvD au Sénat néerlandais avait bouleversé le paysage politique des Pays-Bas, connus pour leur tolérance et goût du consensus politique.

Le FvD est en passe de transformer l'essai à l'occasion des européennes: il devrait débouler en trombe à Strasbourg, crédité d'environ 4 sièges sur les 26 alloués aux Pays-Bas, selon les derniers sondages.

M. Baudet est "la coqueluche politique de l'année", estime M. De Vreese. Exit Geert Wilders, député d'extrême droite anti-islam à la chevelure platine. L'allié de Marine Le Pen perd du terrain au fil des élections aux Pays-Bas.

"Baudet attire un certain nombre d'électeurs qui peuvent être mécontents du fait que le style de Wilders est très conflictuel et pas particulièrement intellectuel", explique M. De Vreese.

- "Plus extrêmes" -

Aux Pays-Bas comme ailleurs en Europe, les électeurs, "perdus" dans les méandres du fonctionnement et du rôle de l'UE, ont besoin de clarté, selon les analystes.

"L'Europe a longtemps été une histoire très technique et beaucoup de gens ne l'ont pas comprise. Les populistes simplifient les choses et rendent l'UE compréhensible pour le citoyen", note Amy Verdun, professeure de politique européenne à l'Université de Leiden (ouest).

Par ailleurs, la question de la lutte pour le climat a fait naître un nouveau clivage électoral, reléguant au second plan le spectre traditionnel gauche/droite.

"Les gens sont devenus plus extrêmes. Les électeurs souhaitent soit donner beaucoup plus d'importance au climat, soit disent clairement: +l'Etat n'a pas à se mêler de ça+", poursuit-elle.

De quoi apporter de l'eau au moulin des populistes. Mais tant que ces-derniers ne feront pas front commun à Strasbourg, ils ne confirmeront pas leurs succès nationaux au plan européen, observe Mme Verdun. Selon elle, "le problème des populistes est qu'ils ne sont jamais d'accord".