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Des semaines après la chute de Béchir, le Soudan toujours dans l'incertitude

星期四, 23 五月, 2019 - 16:10
© 2019 AFP
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Des soldats soudanais font le guet non loin de manifestants réunis devant le Palais présidentiel à Khartoum, le 18 mai 2019 | AFP/Archives | MOHAMED EL-SHAHED

Des semaines après la destitution par l'armée du président Omar el-Béchir, le Soudan reste plongé dans l'incertitude politique, les négociations entre les militaires et la contestation sur une transition vers un pouvoir civil demeurant au point mort.

Les dirigeants du mouvement de contestation ont indiqué jeudi leur intention de consulter les manifestants pour trouver un moyen de sortir de l'impasse. Où se sont arrêtées les négociations et quels en sont les enjeux?

- Que veulent les acteurs des négociations? -

Depuis le 6 avril, des milliers de Soudanais campent nuit et jour devant le QG de l'armée à Khartoum.

Ils exigent une administration civile pour remplacer les généraux, au pouvoir depuis la chute d'Omar el-Béchir le 11 avril, à la suite d'un mouvement de contestation déclenché le 19 décembre 2018 par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain.

Si leur détermination n'a pas faibli, l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, et les représentants du Conseil militaire de transition ne sont pas parvenus à un accord sur la composition du futur organe de pouvoir, malgré trois cycles de pourparlers.

Pour le journaliste soudanais Khalid al-Tijani, fin connaisseur de la situation, le Conseil militaire est déterminé à garder "un rôle (sur la scène politique, ndlr) parce qu'il se considère comme un partenaire-clé de la transition".

L'ALC, estime-t-il, "est divisée sur le rôle à accorder aux généraux" dans un futur gouvernement.

Les manifestants sont également divisés, certains "poussant à négocier" avec l'armée sur la transition, et d'autres étant convaincus que les militaires doivent être écartés du pouvoir, explique M. Tijani.

- Comment les discussions ont-elles avancé ? -

Le 14 avril, les dirigeants de la contestation ont transmis au Conseil militaire une liste de leurs requêtes dont la principale était, et demeure, le transfert du pouvoir à un gouvernement civil.

Après deux cycles de négociations, les deux parties ont accepté le 27 avril d'établir un Conseil souverain constitué de militaires et de civils.

Les négociations ont repris le 13 mai, et après douze heures de débats fiévreux, la période de transition a été fixée à trois ans.

Pendant 72 heures, les pourparlers ont ensuite été suspendus, les généraux réclamant pour les reprendre la fin des barrages routiers mis en place par les manifestants sur plusieurs routes de Khartoum.

Le 20 mai, un nouveau cycle a été lancé pour définir la composition du Conseil souverain. Il s'est achevé tôt le lendemain en raison de désaccords et depuis, nul n'a indiqué si les négociations allaient reprendre.

- Sur quoi butent les négociations ? -

Depuis fin avril, la question de la composition du futur organe de gouvernement fait débat, chaque côté exigeant la majorité des sièges. En début de semaine, c'est notamment sur la direction du Conseil souverain de transition qu'ont achoppé les négociations.

Car l'armée souhaite rester aux manettes lors des trois années de transition, faisant la sourde oreille aux appels de la communauté internationale à céder le pouvoir à un gouvernement civil.

Des généraux avaient annoncé que le chef du Conseil militaire de transition, Abdel Fattah al-Burhane, dirigerait également le Conseil souverain.

Les leaders de la contestation, eux, insistent sur le fait que les civils doivent être à la tête du futur Conseil, mais aussi y avoir la majorité.

"Le Conseil militaire a rejeté catégoriquement qu'un civil gouverne le Conseil" souverain, explique Sateh al-Hajj, un membre de l'ALC.

"Nous avons demandé à ce qu'il inclue huit civils et trois représentants de l'armée, tandis que le Conseil militaire demande d'inclure sept représentants de l'armée et quatre civils", précise-t-il à l'AFP.

- Un compromis est-il possible ? -

Les deux camps vont être forcés d'accepter un compromis parce qu'"ils prennent conscience qu'ils sont au bord d'un gouffre et que le pays pourrait sombrer dans le chaos", assure M. Tijani.

Pour le journaliste, la situation pourrait être résolue si les chefs de file des manifestants acceptent que le futur Conseil souverain soit gouverné par les militaires.

En échange, les militaires devront consentir à ce que la majorité de cet organe soit civile, plaide M. Tijani.

Mais, note-t-il, les généraux pourraient faire un coup de poker et annoncer des élections anticipées d'ici la fin de l'année.

Les chefs de la contestation ont quant à eux dit mardi préparer une "grève générale et un mouvement de désobéissance civile" afin d'obliger l'armée à céder.