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Brésil : le scandale de corruption freine les efforts d'austérité

Vendredi, 21 Avril, 2017 - 05:50
© 2017 AFP
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Le président du Brésil Michel Temer, le 4 avril 2017 à Sao Paulo | AFP | Miguel SCHINCARIOL

Des réformes d'austérité sont toujours difficiles à faire passer mais, au Brésil, la tâche du président conservateur Michel Temer est compliquée par le méga-scandale de corruption qui éclabousse l'ensemble de la classe politique, le fragilisant lui aussi.

Arrivé au pouvoir après la destitution de Dilma Rousseff en août 2016, M. Temer entend laisser en héritage une série de réformes économiques libérales, dont la principale consiste en reculer l'âge de départ à la retraite, qui passera de 60 à 65 ans pour les hommes et de 55 à 62 pour les femmes.

Il veut aussi libéraliser le marché du travail et a d'ores et déjà fait approuver le gel des dépenses publiques pour 20 ans.

Le président a pour cela le soutien des partis ayant promu l'impeachment de Mme Rousseff, donc d'une majorité du Parlement, mais ce dernier envoie désormais des signaux alarmants à l'exécutif.

Car l'ambiance a radicalement changé depuis que la Cour suprême a autorisé l'ouverture de 76 enquêtes visant une centaine de personnalités politiques de tous bords, dans le cadre du méga-scandale de corruption autour du groupe de BTP Odebrecht, un des volets de l'affaire Petrobras.

Reflet de la crispation, mardi, la Chambre des députés a rejeté une demande de vote en urgence de la réforme du travail, une défaite de courte durée (les parlementaires sont revenus sur leur décision le lendemain), mais inhabituelle pour Temer, qui jusque-là avait toujours obtenu le feu vert du Parlement à ses projets.

Le même jour, le gouvernement a également dû adoucir sa proposition de réforme des retraites, après une violente manifestation de syndicalistes policiers face au Congrès et face aux réticences de législateurs pourtant de son camp.

"La société brésilienne n'a pas accepté ces réformes", résume pour l'AFP Sylvio Costa, responsable du site internet spécialisé Congreso em Foco.

Michel Temer a prévenu que si le Brésil ne s'impose pas une stricte discipline budgétaire, il risque la faillite alors qu'il traverse déjà la pire récession de son histoire.

Et il se veut même altruiste : "Mon gouvernement ne va bénéficier en rien de (ces réformes). Il me reste un an et huit mois de gouvernement. Ceci, c'est pour l'avenir", a-t-il assuré dans un entretien avec la chaîne SBT le week-end dernier.

- Exaspération populaire -

Mais nombre de politiciens sur lesquels il compte s'appuyer pour faire passer ses réformes pensent eux à leur propre avenir car, en octobre 2018, se jouera non seulement l'élection présidentielle mais aussi un scrutin pour renouveler l'ensemble de la chambre basse et les deux tiers du Sénat.

En outre, les enquêtes autorisées par la Cour suprême, dans le cadre du scandale Odebrecht, visent huit ministres du gouvernement Temer, ce qui l'affaiblit.

"Cela a réduit fortement sa légitimité et sa capacité d'action", observe Sylvio Costa, à un moment où "chaque parlementaire y réfléchit à deux fois pour savoir si le soutenir ou non, car souvent le soutien à une réforme comme celle des retraites peut lui coûter son mandat".

Même le président Temer a été cité dans l'une des centaines de confessions d'anciens cadres d'Odebrecht, qui ont collaboré avec la justice dans l'espoir de remises de peines et révélé un réseau ayant versé pendant des années des pots-de-vins à des hommes politiques de tout bord.

Il n'est visé pas directement par l'enquête, mais a tout de même dû nier avoir organisé une réunion au cours de laquelle son parti, le PMDB, aurait reçu 40 millions de dollars de dessous-de-table d'Odebrecht.

Et face à l'exaspération populaire, Michel Temer a aussi dû défendre le Congrès, fortement discrédité : "Il y a plein de gens bien au Parlement, qui collaborent et ont permis à ce gouvernement de faire ce qu'il a fait au cours de ces 11 derniers mois", a-t-il assuré.

Pendant ce temps-là, le Brésil continue d'afficher un déficit budgétaire colossal, qui frôle les 50 milliards de dollars.

"On ne peut pas paralyser les travaux du Parlement", estime le député Carlos Marun, président de la commission de réforme des retraites et allié de Temer : "La justice doit remplir son rôle et nous le nôtre, qui est de voter et délibérer sur les questions importantes dont dépend l'avenir du pays".